Les cantons souhaitent un oui clair à l'extension de la libre circulation soumise à votation le 25 septembre. Se basant sur les «expériences positives» faites avec les quinze membres les plus anciens de l'UE et sur l'efficacité des mesures d'accompagnement, la Conférence des chefs des départements cantonaux de l'économie publique (CDEP) a adopté jeudi, à l'unanimité, une résolution dans ce sens.

Pas de flux d'immigration

Etayant leur propos «par des faits et rien que des faits», ils soulignent que l'ouverture partielle du marché du travail à la main-d'œuvre de l'Union européenne en juin 2002, renforcée deux ans plus tard par des autorisations de nonante jours sans contrôle à l'entrée, «n'a pas engendré et n'engendrera pas les flux d'immigration tant redoutés», comme le formule la directrice de l'Economie bernoise Elisabeth Zölch-Balmer. S'appuyant sur un rapport de la Conférence des gouvernements cantonaux, qui aboutit à des conclusions identiques à celles du Secrétariat d'Etat à l'économie (LT du 29.06.2005), son homologue de Bâle-Ville Ralph Lewin constate que «l'augmentation de l'immigration en provenance de l'Europe, notamment de l'Allemagne et du Portugal, est compensée par une diminution d'arrivées de pays tiers». D'autre part, souligne-t-il, «seule la moitié des contingents pour des séjours de courte durée est utilisée». A ses yeux, cela reflète la période difficile qu'ont traversée les secteurs de l'hôtellerie et de la construction, mais prouve également que «les gens émigrent pour dégoter un emploi et non pour se retrouver au chômage».

Depuis l'entrée en vigueur des mesures d'accompagnement, dont ils assurent l'application au sein des commissions tripartites avec les syndicats et les employeurs, les cantons ont «beaucoup appris», relève le président saint-gallois de la CDEP, Josef Keller. Sur les quelque 14 000 personnes qui ont été contrôlées entre le 1er juin et le 31 décembre 2004, 812 infractions ont été signalées, ce qui équivaut à un taux de 5,8%. Ces abus ont été majoritairement constatés dans le secteur du bâtiment. «Les chiffres montrent que les cantons assument leur responsabilité. Et nous continuerons de combattre fermement le dumping salarial et le travail au noir», assure Elisabeth Zölch-Balmer.

Certains abus sont difficiles à prouver

Seule ombre potentielle au tableau? «Les abus sont difficilement démontrables concernant les travailleurs indépendants, concède Ralph Lewin, mais les cantons observent ce domaine de très près.»

Le Conseiller d'Etat neuchâtelois Bernard Soguel, lui, s'est appuyé sur l'exemple de son canton pour vanter les mérites de la libre circulation. Un canton qui «exporte 90% de ce qu'il produit». Entre mai 2004 et mai 2005, observe Bernard Soguel, le chômage y a légèrement baissé et le nombre de permis de séjour accordés y est resté stable. «Et si le nombre de frontaliers a augmenté de 10% pour atteindre aujourd'hui le niveau de 1991 (55 000), c'est grâce à une conjoncture favorable.» Pour le Neuchâtelois comme pour ses collègues, «la Suisse est une terre de migration et d'exportation, qui sans ouverture et sans échanges finirait par décliner». C'est donc également «pour la bonne santé de l'économie helvétique» que la CDEP appelle à voter oui le 25 septembre prochain.