Durant le seul mois de juin, près de 9000 réfugiés sont arrivés en Suisse en provenance du Kosovo. Soit le plus grand afflux constaté en Suisse depuis la Seconde Guerre mondiale. C'est dans ce contexte difficile que s'est tenue, jeudi à Berne, la Conférence nationale sur l'asile annoncée il y a un mois. Invités par la Confédération, tous les cantons, dont les capacités d'accueil sont mises à rude épreuve, avaient délégué des représentants. Un des objectifs de la réunion était de serrer les rangs autour d'une politique aussi cohérente que possible.

Pour donner le ton, la conseillère fédérale Ruth Metzler avait choisi de s'adresser le même jour aux Suisses et aux réfugiés albanais. Dans une longue lettre publiée en allemand et en albanais dans le journal de boulevard Blick, elle lance un appel à la tolérance et à la solidarité. «Je tenais à exprimer une fois ce que je ressens tout en présentant pourquoi la politique du Conseil fédéral est adéquate», dira-t-elle plus tard pour justifier son initiative médiatique. Dans son message, Ruth Metzler affirme que «la barque n'est pas pleine». Elle défend simultanément le retour progressif des Kosovars chez eux, pour que la Suisse puisse continuer, à terme, à accueillir d'autres réfugiés politiques.

Un des objectifs de la Conférence était d'obtenir le soutien des cantons sur les mesures extraordinaires prises par le Conseil fédéral en deux temps, le 31 mai et le 23 juin derniers. Etat des lieux.

Aide sur place: Les cantons s'accordent pour attribuer la priorité absolue aux mesures de reconstruction sur place. La Suisse s'engagera en concertation avec la communauté internationale. L'édification d'abris doit rendre possible le retour dans leurs villages des personnes déplacées par la guerre (1,5 million au total, dont 500 000 sont déjà sur le chemin du retour). Il y a urgence avant l'arrivée de l'hiver.

Hébergement en Suisse: Pour faire face aux besoins, la Confédération finance 450 postes d'encadrement supplémentaires pour calmer les cantons qui redoutaient d'être débordés et de devoir passer à la caisse. Avec l'aide de l'armée et des œuvres d'entraide, la Suisse peut accueillir 6000 à 8000 nouveaux réfugiés par mois. Autre motif de satisfaction: la répartition des réfugiés par canton calculée selon la taille de leur population est confirmée. L'idée d'inclure les centres d'enregistrement dans le calcul – Genève, le Tessin et Thurgovie ont à y gagner – sera étudiée.

Aide au retour: Les cantons soutiennent largement le plan de la Confédération. Il n'est ni possible ni souhaitable d'obliger les Kosovars à rentrer immédiatement. La Suisse renonce donc au rapatriement forcé des réfugiés cette année. Aucun délai n'est fixé pour rendre obligatoires les retours. En revanche, le plan en deux phases prévu par le Conseil fédéral trouve un large soutien: dès le 1er juillet, les retours volontaires sont encouragés par une aide individuelle (2000 francs par individu + une aide matérielle sur place); puis ce sera le tour des autres personnes: elles devront rentrer dans les trois ans qui suivront la levée de l'admission provisoire collective. Cette mesure est prématurée car la situation reste trop instable. Des cantons souhaitent restreindre l'aide financière au retour à un délai de 18 ou 24 mois; la question reste en suspens. Autre idée, vaudoise: verser un salaire mensuel de 500 francs à des réfugiés prêts à s'engager sur des chantiers qu'ouvrirait au Kosovo la coopération suisse; Ruth Metzler salue la proposition, mais la juge impraticable.

Marché de l'emploi: Les cantons sont divisés à propos de la prolongation de trois mois à une année de l'interdiction de travailler (lire en page une). Si le Conseil fédéral devait imposer tout de même cette mesure, il débloquerait 5 millions pour favoriser des programmes d'occupation des réfugiés, sur le modèle des programmes d'occupation des chômeurs. Les cantons hostiles – par peur d'une concurrence déloyale au marché de l'emploi – à ces programmes seraient libres de ne pas les appliquer.

Politique de visas: Les cantons sont divisés sur l'opportunité de renoncer à l'octroi facilité de visas aux personnes chassées par la guerre. Le Conseil fédéral, qui plaide pour un retour à la normale, a toutefois le soutien de la Conférence des chefs de département de justice et police. Comme pour l'interdiction de travailler, la décision doit mûrir. Une nouvelle consultation des cantons est envisagée.

Éducation: Faut-il intégrer les enfants de réfugiés dans des classes ordinaires, ou plutôt dans des classes spéciales, par exemple bilingues albanais-français comme le canton de Vaud en fait l'expérience? Les cantons obtiennent gain de cause: chacun restera libre de faire ce qu'il entend. La Confédération encouragera le dialogue.

Santé: Les cantons sont priés de limiter le libre choix du fournisseur de soins. Des médecins ou des réseaux de soins devraient être désignés pour soigner les réfugiés. Une mesure destinée à prévenir des abus. Cette décision est jugée judicieuse par les cantons.