Mercredi à midi, sauf coup de théâtre, les trois cantons de Vaud, de Genève et du Valais seront les actionnaires majoritaires de la Compagnie générale de navigation (CGN) sur le Léman, dont ils posséderont au total 57%.

La restructuration, qui doit être votée par l’assemblée générale de la société, fera entrer la CGN dans une nouvelle ère: celle du «qui paie commande». Les cantons lémaniques, qui comblent inlassablement les trous de l’entreprise à coups de subventions ou de couvertures de déficit, contrôlent à ce jour moins de 5% des actions.

Le processus qui s’achève, longuement négocié entre les cantons et les partenaires, avait été déclenché par une crise. La flambée du prix des carburants avait fait exploser le déficit de l’exercice 2008 et suscité les pires craintes pour la suite. Vaud avait dû anticiper le versement de sa contribution pour aider une CGN en panne de liquidités. Genève, à l’initiative de Robert Cramer, ordonnait un audit pour ne plus être mis devant le fait accompli.

Les cantons auraient pu choisir de se détacher de la CGN. Ils ont opté au contraire pour une forme de cantonalisation. Ils manifestent ainsi leur attachement – reflet de celui du public – pour la compagnie de navigation et pour la flotte historique, qui en est tout à la fois le fleuron et le grand souci. Si la prise de pouvoir intercantonale aboutit sans accroc, elle déclenchera du reste la rénovation immédiate du Vevey, l’un des bateaux Belle-Epoque, pour près de 14 millions.

Variations de capital

La prise de majorité par les cantons passe par une procédure complexe dans laquelle le capital sera d’abord réduit (diminution de 75% de la valeur nominale de l’action) avant d’être augmenté par une souscription réservée aux pouvoirs publics. La réforme des statuts doit être entérinée par l’actionnariat dans sa nouvelle configuration, un procédé controversé pour lequel les cantons se sont munis d’un avis de droit.

En contrepartie, les cantons engagent une importante mise de fonds. Non seulement ils abandonnent d’anciennes créances pour près de 30 millions, mais ils consentent un investissement de 25 millions. Ce montant comprend la restauration du Vevey, mais aussi du semi-moderne Ville de Genève, ainsi que du chantier naval de Lausanne-Bellerive.

Une holding sera créée, détenant à 100% deux sociétés distinctes: la CGN SA pour l’exploitation, et une société sans but lucratif pour la flotte patrimoniale. Cette opération doit favoriser la transparence des flux financiers.

La restructuration de la CGN implique en revanche la transformation en actionnaire minoritaire (22%) des Amis des bateaux à vapeur du Léman, qui étaient devenus le plus gros propriétaire, avec plus de 40% des actions. L’association ABVL, que préside Maurice Decoppet, ancien syndic de Saint-Sulpice et petit-fils du général Guisan, a fait énormément depuis une dizaine d’années pour solliciter l’intérêt et la générosité du public en faveur de la flotte Belle-Epoque. Elle a recueilli 20 millions, notamment pour restaurer La Suisse.

Lors de l’assemblée générale, l’ABVL tentera de se préserver une minorité de blocage, à travers un amendement que les cantons rejettent. «Si l’on veut continuer à faire appel au public, il est important que le privé conserve voix au chapitre», justifie Maurice Decoppet. «Mais nous n’irons pas jusqu’au clash», assure-t-il toutefois.

Les cantons estiment de leur côté qu’ils sont allés très loin dans le sens de la conservation: les huit bâtiments anciens ont tous fait l’objet d’une décision de classement de la part de l’Etat de Vaud, ce qui était loin d’aller de soi.