La Protection suisse des animaux a eu beau jouer la corde sensible et attirer nombre de «people» à sa cause, sa campagne n’a pas réussi à convaincre la majorité qu’un avocat spécial était la seule institution capable de défendre efficacement la gent animale contre les mauvais traitements et de punir sévèrement les coupables. Seul un peu moins de 672 000 votants ont glissé un «oui» dans l’urne.

Suivant les mots d’ordre du Conseil fédéral et de la droite qui préfèrent miser sur l’information, la prévention et les contrôles, plus de 1,6 million de personnes ont rejeté l’initiative (70,5%). La crainte d’abus procéduriers, comme la défense d’un brochet qui a souffert trop longtemps lorsqu’il a été pêché, a certainement joué un rôle. La palme revient au canton du Jura qui refuse l’initiative à 82,7%.

Pas un vote contre la protection des animaux

Pour la Protection suisse des animaux (PSA), le non net à l’instauration d’un avocat des animaux n’est pas un vote contre la protection des animaux. La population s’est par contre prononcée contre un instrument jugé excessif, estime son directeur Hansueli Huber.

Le directeur de la PSA s’est dit déçu et triste. Il s’attendait à ce que ce soit serré. «Les gens réagissent souvent de manière sceptique à la nouveauté». Hansueli Huber attire l’attention sur la forte propagande des milieux paysans et des autorités.

Malgré la défaite, les animaux ont profité de la campagne estime le directeur de la PSA. «Même les adversaires ont reconnu qu’il existe des problèmes dans certains cantons. Les politiques doivent désormais agir. Cela ne peut pas continuer ainsi, des améliorations sont nécessaires».

Le modèle zurichois mal compris

Même Zurich, le seul canton à connaître actuellement un avocat des animaux, a repoussé l’initiative par 63,5%. Les autres cantons resteront libres de choisir comment appliquer au mieux la loi. Cette dernière les oblige depuis 2008 à créer un service spécialisé de la protection des animaux et à déposer plainte pénale contre une personne qui a maltraité des bêtes de manière intentionnelle. Pour le président des Verts suisses Ueli Leuenberger, le modèle zurichois d’avocat des animaux a été mal compris. cela explique le net rejet de son instauration sur le plan fédéral.

«Une immense majorité de la population n’a pas compris l’enjeu. On a voulu voir le chat et le chien qui se présentent devant un tribunal avec leur avocat», a dit Ueli Leuenberger. Pour les Verts suisses, qui étaient favorables à l’objet, les autorités ont promis de poursuivre les gens qui torturent les animaux, ce qui a rassuré la majorité.

Pour Ueli Leuenberger, la balle est maintenant dans le camp des cantons. Certains pourraient emboîter le pas à Zurich. Le président des Verts espère en tout cas que les cantons se donnent les moyens de faire aboutir les nombreuses plaintes. «C’est le vrai problème actuel».

Le PS veut que les promesses soient tenues

Les opposants à l’instauration d’un avocat ont visiblement pu convaincre le peuple que les cantons étaient en mesure de régler seuls la question de la protection des animaux, estime le Parti socialiste. Pour Mario Fehr, «il s’agit maintenant de les prendre au mot».

Ni la législation sur la protection des animaux ni l’avocat zurichois des animaux n’ont été remis en question, ajoute Mario Fehr. Les promesses de la campagne doivent maintenant par contre se concrétiser.