«Faites-vous tester, c’est désormais gratuit!» a vivement recommandé Alain Berset. La Confédération règle la facture dès ce jeudi 25 juin. Par cette mesure, le Conseil fédéral veut absolument éviter le scénario cauchemardesque d’une deuxième vague de l’épidémie de Covid-19. C’est nouveau: même en cas de symptômes légers, les malades sont invités à contacter leur médecin pour un test sans devoir se préoccuper de la facture.

Pour le moment, un rebond du Covid-19 n’est pas trop à craindre. Depuis un mois, le nombre de nouveaux cas de coronavirus est inférieur à 50 par jour et la Suisse n’a pas enregistré plus d’un mort par jour. «Il n’y a pas de clusters dans une région particulière», a précisé Stefan Kuster, le nouveau chef de la division des maladies transmissibles à l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). Mais les nouvelles sont moins rassurantes dans les pays voisins, en Allemagne et dans les pays des Balkans, où le déconfinement est moins bien maîtrisé.

Berne lâche 288 millions

Lundi 22 juin, Alain Berset a rencontré une délégation du comité de la Conférence des directeurs et directrices de la santé (CDS). Sur un point, il a accédé à l’une de ses revendications émises de longue date. La Confédération prendra donc en charge les coûts des tests de dépistage du Covid-19. Une décision qui a le mérite de simplifier le système: jusqu’ici, ces frais étaient réglés par les cantons ou les caisses maladie, ce qui engendrait une inégalité de traitement. Lorsque les assurances remboursaient la facture, les patients devaient tout de même participer aux frais par le biais de la franchise et de la quote-part. En revanche, ils ne devaient rien débourser lorsque les cantons passaient à la caisse.

Cette mesure coûtera 288 millions à la Confédération, qui versera donc un forfait de 169 francs pour un test diagnostic. Berne s’acquittera aussi des frais (113 francs par cas) des tests sérologiques de détection des anticorps. Mais elle ne les recommande pas, leur utilité scientifique n’était pas prouvée jusqu’à présent.

Vice-président de la Fédération suisse des patients (FSP), le conseiller national Baptiste Hurni (PS/NE) salue la décision du Conseil fédéral. «Sur le fond, c’est une excellente nouvelle, même si elle survient un peu tard», s’exclame-t-il. Par contre, il regrette que le Conseil fédéral ne soit pas entré en matière sur la rétroactivité de cette mesure, car elle crée de nouvelles inégalités. «Elle constitue en quelque sorte une prime aux mauvais élèves. Les cantons qui ont beaucoup testé ont payé. Et les autres n’auront rien à débourser», remarque Baptiste Hurni.

Quand Berset douche les cantons

Au-delà de cette bonne nouvelle, Alain Berset a par contre douché les cantons en n’entrant pas en matière sur une autre de leurs requêtes: la participation de la Confédération aux pertes de recettes des hôpitaux, déjà estimées à près de 3 milliards de francs. C’est pourtant le Conseil fédéral, en interdisant durant six semaines tous les actes non urgents, qui en est à l’origine.

Cette information, qui ne figurait pas dans le communiqué officiel du Conseil fédéral, a déçu la faîtière des hôpitaux H+. «Nous invitons le gouvernement à expliquer les bases constitutionnelles et légales fondant cette prise de position, en particulier au regard de la loi fédérale sur l’approvisionnement du pays et de celle sur l’expropriation», commente sa porte-parole Dorit Djelid.

Contactés par Le Temps, les directeurs cantonaux de la santé préfèrent calmer le jeu plutôt que de se désoler de cette posture fédérale. «Une aide de la Confédération aurait été appréciée, mais je ne suis pas étonné, car il ne faut pas oublier que la politique hospitalière est du ressort des cantons», réagit le conseiller exécutif bernois Pierre Alain Schnegg.

Pour sa part, son homologue neuchâtelois Laurent Kurth refuse de croire que tout est déjà joué, d’autant plus que des tables rondes réunissant tous les acteurs de la santé sont agendées cet été: «Je pars du principe que les positions ne sont pas figées, car sinon ces tables rondes n’auraient aucun sens. De plus, sur le plan juridique, je doute que le Conseil fédéral, qui a pris la décision d’interdire les opérations électives, puisse se soustraire à ses responsabilités.»

A l’évidence, les acteurs en présence ont tous marqué leur territoire en attendant que tombent des chiffres plus précis sur les déficits des hôpitaux vers la fin de l’année. Alain Berset a en tout cas refusé de dramatiser: «Si nous sommes parvenus à éviter des opérations inutiles, c’est une bonne nouvelle!»