Autocritique: le mot revient souvent dans la bouche de l'architecte cantonal Bernard Attinger, personnalité valaisanne plutôt atypique. Dans les chroniques qu'il livre au Nouvelliste, il ne déteste pas remettre en question les mentalités vermoulues, l'esprit de clan comme de clocher, ou cette tendance bien valaisanne à l'autoglorification un peu larmoyante. Architecte fustigeant les bétonneurs, Bernard Attinger ne paraissait pas complètement incompétent pour évoquer le Valais qui se construit, celui du XXIe siècle.

Le Temps: Le Valais du futur, sera-t-il vraiment si différent de ce qu'il est aujourd'hui?

Bernard Attinger: Les grandes mutations ont déjà été faites. On a vécu longtemps une forme de tourisme que j'appellerais tiers-mondiste: les touristes venaient chez nous essentiellement en raison de leur plus fort pouvoir d'achat, comme aujourd'hui nous nous rendons dans le tiers monde où la personne qui vous sert gagne moins en un mois que vous en une journée. Cela, pour le Valais, c'est fini, mais nous n'avons pas encore tiré les conséquences de cette situation: à savoir être meilleurs qu'ailleurs pour qu'on vienne encore chez nous. Une autocritique est nécessaire, par exemple de la façon dont nous pratiquons l'accueil aujourd'hui. Il suffit d'aller faire un tour dans les Alpes françaises ou italiennes pour se rendre compte du retard accumulé par le Valais notamment dans la qualité des installations ou l'état des pistes.

– Les velléités olympiques ne semblent pas complètement éteintes. Y a-t-il encore un avenir de ce côté-là?

– Nous avons perdu les Jeux parce que nous avons raté la drague internationale. Mais nous avons aussi perdu à cause de ce que nous sommes: nous n'avions pas la taille critique suffisante. Qu'avions-nous par exemple à proposer en matière d'infrastructures urbaines? Il n'y a pas un seul cinq-étoiles à Sion. Le Valais doit absolument s'agrandir. A ce prix seulement on pourra dire que l'avenir olympique n'est pas bouché.

– La question de l'écologie devient toujours plus brûlante dans le canton. Quelle tendance voyez-vous finalement triompher?

– Notre potentiel est dans la nature. Notre chance, c'est de posséder des paysages, des montagnes. Même d'avoir le loup est une richesse. Il ne s'agit pas de domestiquer la nature, mais de la respecter tout en travaillant avec. Longtemps, les Valaisans ont réussi à oeuvrer avec la nature et non contre elle. Voyez, par exemple, le système des bisses ou les alpages. Mais ces trente dernières années, on a un peu oublié cela. L'avenir du tourisme dans notre canton dépendra de notre capacité à retrouver ce lien, cette collaboration harmonieuse avec la nature. On a déjà commis un certain nombre d'horreurs dans ce canton au nom du développement durable, mais c'est une notion incontournable pour l'avenir: on ne devrait plus rien construire sans se demander ce que ça va consommer et ce que ça va coûter.

– L'année 1999 a particulièrement mis en évidence la fragilité du tissu industriel valaisan. Est-il condamné?

– Le plus important n'est peut-être pas de vouloir, comme à Steg, sauver à tout prix des emplois qui existent mais plutôt d'imaginer quelles industries créeront les emplois de demain. Il faut ainsi changer de cap en matière de formation: nous connaissons aujourd'hui dans le canton un important déficit d'informaticiens. Trop longtemps, dès les années 50, les Valaisans n'ont été que des bétonneurs, plus que des techniciens ou des ingénieurs. Tout a été basé sur la construction, on a formé des foules d'architectes. On a développé des talents de constructeurs plutôt que d'industriels.

– Un autre domaine valaisan se trouve en pleine ébullition et en phase de transition: la politique… pour aller vers quoi?

– Je suis terrifié par le manque de culture politique de nos politiciens. La politique en Valais, c'est quoi? Une guerre de clans, de familles, au lieu d'être ce qu'elle devrait être partout: la définition d'un mode de vie. Je ne vois pourtant pas l'UDC prendre vraiment de l'importance ici: il y a toujours eu un parti des râleurs, c'est nécessaire, cela peut faire du bien quand on dépose le bulletin dans l'urne, mais cela ne va guère plus loin. J'imaginerais plutôt un regroupement des forces: un grand parti de gauche qui résulterait d'une fusion entre socialistes et chrétiens-sociaux, et un bloc centriste issu des démocrates-chrétiens et des radicaux, qui disent la même chose. Cela éviterait de voir comme aujourd'hui des formations politiques essayer de bouffer à tous les râteliers.