Mise sur pied au lendemain des attentats de janvier contre «Charlie Hebdo» et l’Hyper Cacher, la coordination opérationnelle entre les polices romandes – dite plan Vigipol – a été réactivée samedi matin, annonce au Temps le conseiller d’Etat genevois chargé de la sécurité, Pierre Maudet.

En clair, le degré de vigilance est relevé sur tout le territoire romand. «Nous déployons plus d’hommes, plus visibles», explique-t-il. La sécurité est renforcée aux frontières, «principalement par les gardes-frontière», et autour de l’aéroport, «par la police», où des retards sont à prévoir. La sécurité serait aussi relevée autour des lieux de culte.

Ce que nous pourrions craindre en Suisse, c’est un effet de mimétisme, avec des illuminés tentés de lancer des répliques de ces attaques

Au sud du canton de Genève, à la douane de Perly – Saint-Julien, la frontière n’est pas fermée, samedi en début de journée. Côté français, chaque véhicule est arrêté et contrôlé. Même les bus des Transports publics genevois (TPG) qui desservent Saint-Julien-en-Genevois, dans lesquels montent systématiquement les douaniers français pour effectuer le contrôle des passagers. C’est l’adjoint chef de l’unité Annecy qui coordonne les opérations, les douaniers sont tous équipés de gilets pare-balles.

«Même les brigades intérieures du territoire ont été réquisitionnées, explique-t-il. Pour le moment, on effectue un ciblage des personnes. On contrôle l’identité et on évalue les comportements à risque.» A cette petite douane, les douaniers français sont bien seuls: 100 mètres plus loin, la douane suisse est déserte. Les véhicules que les Français laissent passer ne sont donc pas contrôlés par les douanes suisses. Pourquoi? «Les renforts disponibles ne sont pas partout visibles, répond Michel Bachar, porte-parole des douanes. Mais rassurez-vous, le maillage est maîtrisé.»

A la douane autoroutière de Bardonnex, la file s’allongeait dès samedi matin côté français. Même dispositif de contrôle systématique. Les voitures arrivent au compte-goutte côté suisse et roulent sans être arrêtées par les douaniers suisses, mais ceux-ci sont vigilants. Ils ne sont pas autorisés à répondre à nos questions. La cellule de crise pour les gardes-frontière de la région genevoise prévoit un renforcement des effectifs de 30% et assure une vue d’ensemble de la région franco-suisse. «Notre objectif est le renseignement sur les flux éventuels de passage de personnes et des comportements suspects, assure Michel Bachar, seul répondant autorisé. Pour nous, les points chauds sont la gare et l’aéroport. Mais vous comprendrez que je ne peux en dire plus.»

Si les attaques de vendredi soir visaient de toute évidence la France, Pierre Maudet reste prudent: «Ce que nous pourrions craindre en Suisse, c’est un effet de mimétisme, avec des illuminés tentés de lancer des répliques de ces attaques.» Mais pour l’heure, aucun élément ne permet de penser qu’une menace pèse sur la Suisse.

On ignore s’il y a des victimes suisses

«Au niveau du renseignement, nous sommes largement tributaires à ce stade des autorités françaises, ajoute Pierre Maudet. Nous ne savons pas à l’heure actuelle si des Suisses font partie des victimes.»

La coordination avec la France s’effectue samedi à deux niveaux, précise encore le magistrat. Au niveau politique, entre ses services, le consulat français et la préfecture française, et au niveau policier, entre l’état-major de la coordination Vigipol et le commandement de la gendarmerie française.