Assurance maladie

Les cantons veulent fixer eux-mêmes les primes

Après la caisse unique, voici venu le temps de la caisse publique cantonale! C’est l’idée d’une initiative populaire, initiée par les conseillers d’Etat Pierre-Yves Maillard et Mauro Poggia

La nouvelle hausse des primes de l’assurance maladie pour 2018 provoque de vives réactions. L’initiative populaire présentée vendredi à Berne suscite dès lors un intérêt particulier. L’idée était dans l’air depuis quelques années. Il s’agit de permettre aux cantons de créer, s’ils le souhaitent, des caisses publiques chargées de fixer des primes uniques sur leur territoire, selon le modèle choisi (montant de la franchise, médecins de famille, télémédecine, etc.). Les conseillers d’Etat vaudois et genevois Pierre-Yves Maillard et Mauro Poggia sont à la manœuvre. Mais ils comptent sur un mouvement plus large, dont font pour l’instant partie les organisations suisses de consommateurs et certaines sections politiques cantonales de centre gauche.

Le système préconisé ne bannit pas pour autant l’activité des assureurs. Ces derniers seraient mandatés pour les tâches administratives d’affiliation, de mutation, de contrôle des factures et de développement de nouveaux modèles. Santésuisse, l’association faîtière des assureurs, a cependant immédiatement réagi, qualifiant le projet de «chicanerie politique». Fondateur de la caisse maladie Assura, Jean-Paul Diserens n’est pas si catégorique. Il a d’ailleurs rejoint le comité d’initiative. «C’est le meilleur compromis qu’on puisse proposer aux assureurs. L’idée est simple, elle éloigne le spectre d’une caisse unique et garantit aux citoyens le choix de l’assureur.» Et il l’affirme: alors que les assureurs étaient vent debout contre la caisse unique, ils ne sont plus si déterminés. «Certains ne le disent pas encore officiellement, mais ils se rendent compte que le système actuel atteint ses limites», dit-il.

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Les initiants estiment que leur projet corrige plusieurs défauts majeurs. Selon Mauro Poggia, il améliore la transparence. «On saura où passe l’argent. Chaque franc sera suivi», explique le magistrat genevois. L’idée d’une caisse cantonale règle également les problèmes des réserves que doivent constituer les assureurs et de la participation à la compensation des risques. Actuellement, ces deux exigences légales jouent un rôle considérable dans la fixation du montant des primes. Démonstration cette semaine: si les Romands sont particulièrement touchés par la nouvelle hausse, c’est parce que le Groupe Mutuel, basé à Martigny, doit reconstituer des réserves après avoir fixé des primes trop basses ces deux dernières années.

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Enfin, Mauro Poggia annonce qu’une caisse publique sera davantage sensibilisée à la promotion de la santé et à la prévention. «Les assureurs, eux, n’ont que peu d’intérêts à investir dans ce domaine», estime-t-il.

Ce nouveau projet convaincra-t-il? En 2007, le peuple a refusé l’initiative pour une caisse unique. En 2014, il a rejeté l’initiative pour une caisse publique. Les Alémaniques y sont plus spécialement opposés. Si bien que les initiants savent où il leur faudra faire campagne.

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