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Les cantons veulent reconstruire la Haute Ecole de musique

Hervé Klopfenstein ne dirige plus la Haute Ecole de musique Vaud-Valais-Fribourg, en crise depuis des mois. Les conseillers d’Etat exigent une «refonte» de l’école

Le chef d’orchestre Hervé Klopfenstein ne dirige plus la Haute Ecole de musique Vaud-Valais-Fribourg (HEMU), institution chapeautée par la même fondation que le Conservatoire de Lausanne. Avant même son départ prévu pour la fin de l’année, les responsables politiques le mettent en congé scientifique, ont-ils indiqué ce jeudi. Cela afin de résoudre «la crise que traverse l’institution», note la conseillère d’Etat vaudoise à la Formation Cesla Amarelle. Les ministres des trois cantons ont dévoilé un rapport d’audit commandé à la fin de l’année passée, tout en annonçant des décisions qui vont plus loin que les recommandations de l’analyste.

A propos d’un récent projet de la HEMU: Renaud Capuçon et des étudiants lausannois forment un nouvel ensemble

La HEMU, qui compte 500 étudiants, s’étend sur trois sites – Fribourg, Sion et le Flon à Lausanne. Le Conservatoire (1000 élèves) est également basé à Lausanne. Cela fait plus d’une année que les crispations internes à la HEMU ont crû jusqu’à prendre des proportions inquiétantes. En trois ans, une trentaine de personnes ont démissionné ou renoncé à des responsabilités; dans la maison, on relativise l’impact – c’est un tournus presque ordinaire –, mais ces départs marquent les esprits. Par exemple, la section dédiée au master de pédagogie de la musique a perdu ses quatre professeurs. Début mars encore, sept employés ont jeté l’éponge.

Un directeur «passionné» et «manipulateur»

L’audit dépeint une école aux prises à des «tensions et conflits personnels touchant quelques individus, dont le directeur général». Hervé Klopfenstein est décrit comme «charismatique, intelligent, vif mais aussi manipulateur». Il aurait manqué en communication et n’aurait pas voulu demander de l’aide; pourtant, son «engagement passionné» et son management «directif et persuasif» ont convenu à l’institution, juge l’expert.

Les conseillers d’Etat le poussent néanmoins vers la sortie. Ils veulent en finir avec les «tensions croissantes entre le directeur et les cadres», poursuit Cesla Amarelle, qu’appuie son collègue fribourgeois Jean-Pierre Siggen. Ils demandent une «refonte fondamentale de l’institution». Prochain notable dans la ligne de mire, le président du conseil de fondation, l’avocat PLR lausannois Nicolas Gillard. Cesla Amarelle ne desserre pas les dents pour évoquer directement son départ, elle se borne à dire que «notre demande de changement lui est adressée à titre personnel et individuel».

La complexité de ces structures

Coup de sac à la tête, donc, et sécurisation du fonctionnement ordinaire. Le conseil des directeurs, qui comprend le responsable administratif Mathieu Fleury et les chefs de sites – sauf la responsable lausannoise, qui a claqué la porte – prendra le pilotage du navire, sous la houlette de Barbara Vauthey, cheffe du service fribourgeois des affaires universitaires. La refondation, elle, sera conduite avec l’appui de Dominique Arlettaz, ancien recteur de l’Université de Lausanne, sans doute en mesure se calmer les esprits.

La HEMU est insérée dans le réseau de la Haute Ecole spécialisée de Suisse occidentale, qui a elle-même connu son lot de crises internes au fil de son histoire. Ces structures en réseaux, complexes, bénéficient de leur indépendance tout en ayant parfois une attention soutenue des politiques – lesquels, en sus, sont nombreux, selon les cantons concernés. Pour la HEMU, l’heure est au ménage, imposé par les ministres.

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