Plus de 70 ans après avoir bâti dans la douleur et la polémique le premier gratte-ciel de Suisse haut de 67 mètres, la Tour Bel-Air, la Ville de Lausanne s'y remet. Car c'est bien une tour, haute de 80 mètres celle-ci, qui a été présentée hier conjointement par les autorités locales et la Fondation de Beaulieu. Ce «modeste» gratte-ciel s'inscrit à la fois dans une dynamique nationale qui voit pousser des projets de tour un peu partout (lire ci-dessous) et dans la perspective de la modernisation des infrastructures du Palais de Beaulieu.

Car si le corps central du vénérable Palais, hôte de près de 260 manifestations par an pour 600000 visiteurs, a déjà subi un lifting complet pour plus de 30 millions de francs, la grande majorité des halles et du front Jomini (l'entrée principale du site) font désormais pâle figure. Il y a trois ans, le Pavillon d'honneur était même détruit dans l'urgence avant qu'il ne s'émiette totalement sur les visiteurs du Comptoir suisse. Un concours d'architecte a ainsi été lancé pour remodeler totalement le front Jomini et, dans un premier temps, les halles sud.

C'est le bureau lausannois Pont 12 architectes qui a remporté la mise. Leur projet, baptisé «taoua», est composé de deux parties: les halles sud du Palais de Beaulieu et la tour, dans laquelle un complexe hôtelier divisé en trois parties (économique, business et résidence hôtelière), un restaurant et un Business Center devraient voir le jour.

Projets séparés

Financièrement, les deux projets sont totalement séparés. La Fondation de Beaulieu, qui gère l'immobilier du site, est en charge de la partie reconstruction des halles, devisée à 30 millions de francs. Cet argent proviendra, dans une proportion encore à définir, de la Ville de Lausanne, du canton et d'emprunts bancaires a expliqué l'ancienne conseillère d'Etat radicale Jacqueline Maurer.

Financement privé

Quant à la tour, le financement de sa construction est entièrement assuré par les milieux privés. C'est la société d'investissement Orox qui a obtenu de la Ville le droit de superficie et qui alignera les 70 millions nécessaires. L'entreprise Losinger (Bouygues Construction) est chargée de bâtir la tour -à noter que Losinger construit actuellement trois autres tours en Suisse dont la plus haute, 126 mètres, se trouve à Zurich. Enfin, c'est le géant européen de l'hôtellerie, le groupe Accor, qui devrait gérer le complexe hôtelier.

Mais avant d'aller prendre un verre tout en haut du dernier étage dans le bar lounge qui y est prévu, le projet a encore du chemin à faire. En effet, la Ville doit légaliser le plan de quartier avant la mise à l'enquête, deux procédures qui sont susceptibles d'être attaquées par des recours ou un référendum, des outils dont les Lausannois ne se privent pas lorsqu'il s'agit d'urbanisme.

Les halles prêtes en 2011?

Les halles répondent par contre parfaitement au plan de quartier existant et les responsables de la Fondation de Beaulieu espèrent pouvoir commencer les travaux rapidement de manière à mettre les nouveaux espaces à disposition des participants de la 14e World Gymnaestrada qui a lieu en mai 2011 au Palais de Beaulieu. Quant aux halles nord, leur rénovation ou reconstruction feront l'objet d'un plan d'investissement qui doit s'étaler entre 2009 et 2016.

Dans le détail, le projet de tour se révèle bénéfique à l'espace public. Celui-ci gagne du terrain vu la faible emprise au sol d'une construction en hauteur. Ainsi, le front Jomini reculerait de plusieurs dizaines de mètres, permettant de dégager le périmètre de Beaulieu. Du coup, l'esplanade centrale du Palais de Beaulieu pourra être ouverte sur la ville et transformée ainsi en véritable parc public.

La métamorphose du Palais de Beaulieu était devenue plus que nécessaire, dans la mesure où les autorités lausannoises et vaudoises ont à plusieurs reprises réaffirmé leur conviction que le site avait un avenir, malgré le développement de Palexpo à Genève et le projet d'hôtel et de centre des congrès à l'EPFL -ce dernier sera par ailleurs géré par Beaulieu exploitation SA.

Le site du Palais de Beaulieu a déjà été amputé des halles rurales, qui ont fait place l'année dernière à un chantier immobilier. A l'avenir, les autorités doivent encore décider si la future ligne de transport baptisée M3 passera ou non par le site qui accueille chaque année le Comptoir suisse.