La presse alémanique le découvre, surprise: non, le nouveau conseiller fédéral Guy Parmelin n’est pas un mou, écrivait un quotidien zurichois la semaine dernière. La course au gouvernement menée en décembre passé avait fini par donner une image terne du Vaudois, vu comme un rempart contre le jeune loup Thomas Aeschi et comme l’antithèse du très profilé Norman Gobbi. Comme si l’Assemblée fédérale devait élire Guy Parmelin faute de mieux, histoire de jouer un mauvais tour à l’UDC.

Trois mois après son entrée en fonction, le citoyen de Bursins déjoue les pronostics. Déterminé, il a remanié son Département de la défense, de la protection de la population et des sports pour en faire un dicastère plus autonome par rapport à l’armée et ses chapelles. «Si j’avais écouté tous les conseillers qui se sont présentés à mois dans ce domaine depuis janvier, je serais tout seul et tout nu», plaisantait-il récemment. Il a pris soin de s’entourer de profils relativement différents, mais complémentaires. Il applique la méthode consultative dans les dossiers les plus explosifs. Il a suspendu un coûteux projet de défense aérienne qui ne faisait plus de sens. Il implique davantage la société civile, ce qui est intelligent. Ce n’est qu’en étant considérée comme un bien public que la politique de sécurité pourra sortir des ornières partisanes en Suisse.

Guy Parmelin a donc pris de la hauteur. Il devra toutefois confirmer qu’il est capable d’une stratégie cohérente, globale. Son prédécesseur Ueli Maurer a mis en consultation, en novembre dernier, un projet de rapport de politique de sécurité qui a autant séduit que frustré. La menace terroriste et les cyberattaques y sont présentées comme les plus graves risques encourus par la Suisse. La sécurité par la coopération internationale y revient comme une piste d’avenir. La nécessité de faire encore mieux en termes de collaboration entre la Confédération, les cantons et les communes, est établie. Mais le rapport ne tire aucune conclusion. A Guy Parmelin d’en faire un acte politique. Les Suisses l’attendent, déstabilisés par ces improbables menaces devenues concrètes à Bruxelles, Paris ou Ouagadougou.

C’est à sa capacité à surmonter ce défi que le caporal Parmelin sera reconnu comme homme d’Etat. Ou pas. Car le Vaudois ne deviendra sans doute ni homme de discours, ni forte tête d’un Conseil fédéral parfois en panne d’inspiration. Guy Parmelin montre certes un réel plaisir dans la fonction. Il ne manque pas d’humour et fait preuve d’une répartie terrienne qui lui vaudront d’être populaire. Mais au-delà de son engagement à assumer au mieux ses devoirs, son style reste empreint de la prudence et de la ruse qui ont fait de lui un parlementaire respecté. Pas un visionnaire.