La droite genevoise continue d'imposer ses caprices au parlement cantonal. Pour la seconde fois de la législature, l'Entente bourgeoise entend barrer l'accès à la vice-présidence du Grand Conseil aux Verts, reléguant aux oubliettes le traditionnel système du tournus, qui veut qu'après trois années de présidence de la droite, l'Alternative de gauche assume cette charge. Décidée à boycotter la candidature verte de Michèle Kunzler, la droite votera pour le libéral Michel Halpérin, afin qu'il accède à la présidence au début de la prochaine législature, et prononce à ce titre le symbolique discours de Saint-Pierre.

Une attitude jugée arrogante par la gauche, qui dénonce le viol des règles du jeu démocratique. L'an dernier déjà, le candidat vert Antonio Hodgers avait été répudié par les rangs bourgeois, qui évoquaient son attitude prétendument ambiguë lors des manifs du G8 (LT du 15.11.2003). Un scénario identique se dessine pour l'élection du nouveau vice-président, le 18 novembre au Grand Conseil: l'Entente a annoncé qu'elle ne voterait pas pour Michèle Kunzler, en faveur de laquelle Antonio Hodgers s'est désisté.

L'argument du chef de groupe libéral, Mark Muller, ne manquera pas de provoquer une nouvelle escalade dans la guerre des tranchées que se livrent gauche et droite parlementaires. «Les Verts ont laissé passer leur tour l'an passé. Ils n'auraient pas dû faire le forcing en maintenant la candidature d'Antonio Hodgers. Nous aurions accepté n'importe quel autre candidat écologiste. En proposant aujourd'hui que Michèle Kunzler accède à la vice-présidence, ils recherchent la confrontation et vont droit à l'épreuve de force.»

Dans le camp radical, on avoue regretter la tournure des événements. Mais le vote du parti ira bel et bien au libéral Michel Halpérin, confirme le chef de groupe, Hugues Hiltpold, car «l'an passé, les libéraux ont soutenu notre candidate Marie-Françoise de Tassigny». Le PDC, dont les voix sont décisives, devrait aussi se plier au diktat libéral. Son chef de groupe, Patrick Schmied, justifie ce choix par la nécessité de donner l'image d'une droite unie dans la perspective du vote du budget 2005. «Mais à une condition: nous demandons que l'Entente garantisse par écrit que deux des quatre présidences de la prochaine législature soient assurées par l'Alternative.» Reste à savoir à quel candidat iront les voix de l'UDC, qui se prononcera lundi.