Vendredi matin en la basilique Saint-Pierre de Rome retentira une singulière intention de prière: elle invoquera la mémoire de tous ceux qui ont fini dans des fosses communes ou dans les fours crématoires. C’est ainsi qu’en a décidé le cardinal genevois Georges Marie Cottier, décédé jeudi à l’âge de 93 ans, pour ses funérailles.

«Ces dispositions sont tout à fait significatives des préoccupations du cardinal Cottier, marqué par le nazisme et l’antisémitisme», atteste Mgr Charles Morerod, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg. L’évêque est bien placé pour le savoir, puisqu’il est un des exécuteurs testamentaires du Genevois, en tant que vieil ami. Aussi, c’est juste avant son envol pour Rome qu’il parle de celui qui l’a ordonné évêque en 2011: «Quand j’ai appris ma nomination, je lui ai demandé de célébrer mon ordination. Il m’a répondu que ça le fatiguait de voyager, mais qu’il le ferait pour moi!» Un homme très humain, qui aidait les gens, c’est ainsi que Mgr Morerod se souviendra de lui.

Un cercueil de bois bon marché

Né à Carouge, père dominicain depuis 1945, Georges Marie Cottier est devenu cardinal en 2003, le huitième cardinal suisse de l’histoire. Professeur de théologie, auteur, il a participé au concile Vatican II. En 1989, il est nommé secrétaire général de la Commission théologique internationale, puis théologien de la Maison pontificale. «Il s’assurait notamment qu’il n’y ait pas de contradiction entre les textes, explique Mgr Morerod. Il avait une grande culture.»

Fidèle à ses préoccupations, ce théologien du pape a organisé un symposium sur les origines chrétiennes de l’antisémitisme. Et participé à un congrès d’historiens sur la responsabilité de l’Eglise catholique durant l’Inquisition. Il a aussi admis l’usage du préservatif pour les malades du sida. Un progressiste? «A proprement parler non, répond Charles Morerod. Ses positions théologiques étaient extrêmement classiques. Du coup, ce genre de positions ne passaient pas inaperçues.»

Le Vatican rendra les honneurs devant «un cercueil de bois bon marché». C’est ainsi que le cardinal a souhaité sa sortie.