Politique fédérale

Cargo Sous Terrain, la zone grise

Coop est partenaire d’un gros projet logistique auquel le Conseil fédéral a apporté son soutien de principe. Y a-t-il un risque de conflit d’intérêts?

Il n’y aurait aucun lien direct entre le futur mandat de Doris Leuthard chez Coop et son ancien département. Est-ce vraiment le cas? On peut se poser la question, car Coop est l’un des partenaires et investisseurs d’un projet dont le Conseil fédéral et sa ministre des Transports se sont occupés à au moins deux reprises: Cargo Sous Terrain (CST).

Lire l'article lié: Doris Leuthard, retour dans le privé

CST est un concept de ligne ferroviaire souterraine réservée aux marchandises entre les grands centres logistiques de Härkingen (SO) et Zurich, sur une distance de 70 kilomètres. Son coût est estimé à 3 milliards. Le projet est porté par vingt-cinq partenaires essentiellement privés, dont le groupe chinois Dagong, La Poste Suisse, Swisscom, les CFF, Virgin Hyperloop, Credit Suisse, la Banque cantonale de Zurich, La Mobilière, Helvetia, BKW, Migros et Coop. L’arrivée de trois nouveaux actionnaires a été annoncée mardi: l’Aéroport de Zurich, Panalpina et Schwendimann AG (recyclage et élimination des déchets).

Lire aussi: Le Conseil fédéral dit «oui mais» à un grand projet de fret souterrain

«No comment» de Coop

En novembre 2016, le Conseil fédéral a décidé d’apporter son soutien à CST pour autant que certaines conditions soient remplies. En septembre 2018, il a annoncé qu’il était prêt à présenter un projet de loi fédérale sur les installations souterraines de transport de marchandises d’ici à la fin de l’année. Ce n’a pas été le cas. Selon l’Office fédéral des transports (OFT), il devrait être mis en consultation au printemps.

Le 23 janvier 2018, Doris Leuthard a reçu les investisseurs dans son bureau bernois. Une photo, bien visible sur le site internet de CST, a immortalisé la rencontre: elle est entourée des représentants des partenaires, en particulier du Chinois Jianzhong Guan, président de Dagong, et de Joos Sutter, président de la direction générale de Coop. Un possible conflit d’intérêts à ce sujet a-t-il été évoqué? Le porte-parole de Coop, Urs Meier, ne répond pas à cette question.

Lire également: Les Chinois investissent le sous-sol helvétique

Ce lien est-il problématique? «Si un doute est possible, c’est la preuve que notre initiative parlementaire pour un délai de carence était nécessaire», analyse Valérie Piller Carrard (PS/FR). «Il faut éviter toute forme de soupçon», acquiesce le conseiller aux Etats Robert Cramer (Verts/GE). Kurt Fluri (PLR/SO), président de la CIP du Conseil national, ne voit pour sa part «aucun problème».

Publicité