En passant de Berne à La Haye, Carla Del Ponte, 53 ans, n'a pas perdu une miette de sa détermination. La Tessinoise, procureur des deux tribunaux internationaux d'exception sur le génocide rwandais et les crimes de guerre en ex-Yougoslavie, l'a prouvé vendredi à l'Université de Fribourg en dressant le bilan d'une intense activité de huit mois à la tête d'une organisation regroupant près de 800 personnes.

Il y a quelques jours, elle a déposé une demande de visa pour se rendre à Belgrade alors que la Serbie ne reconnaît pas la légitimité du Tribunal pénal international (TPI). «Je m'attendais à une fin de non-recevoir. Or, à ma grande surprise, j'ai obtenu les documents officiels pour déposer cette requête», explique-t-elle en soulignant l'espoir de pouvoir, notamment, accéder «aux témoignages des victimes serbes».

Triple rôle

L'arrestation, le 3 avril, de Momcilo Krajisnik, bras droit de Radovan Karadzic, atteste que Carla Del Ponte, qui joue le triple rôle de procureur, chef de la police judiciaire et diplomate entêtée, remonte peu à peu la filière des criminels de guerre. Sur 94 accusés par le TPI, 28 sont pourtant encore en liberté, dont le président Slobodan Milosevic.

«Je déplore qu'il soit toujours au pouvoir, évitant ainsi la justice internationale. Cette situation ne doit pas continuer», tonne Carla Del Ponte, en sachant qu'elle crie dans le désert. «Pour l'arrêter, il faudra attendre qu'il ne soit plus chef de l'Etat, concède-t-elle. Mais les choses peuvent évoluer rapidement comme le prouve la collaboration de la Croatie dès l'arrivée du nouveau gouvernement.»