Paul-Henri Perrin, huissier-chef du Conseil d'Etat de la République et canton de Genève, faisait partie du voyage. Dans son sac, il avait emporté sa cape rouge et or et son bicorne. Planté à côté de Carlo Lamprecht, le président du gouvernement genevois, il a apporté une note de solennité exotique lorsqu'il s'est agi de présenter à Bangkok les atouts de la «Lake of Geneva Region». Mais sa présence était aussi un clin d'œil: le personnage a eu tant de succès lors de la visite de la délégation de Thaïlande à Genève, l'automne dernier, qu'il devait participer au voyage de retour.

Démarche groupée

Le «vol inaugural» de la liaison Genève-Bangkok a fourni récemment le prétexte d'une démarche groupée en Thaïlande d'une délégation lémanique. Constitué autour du patron de Cointrin, Jean-Pierre Jobin, le groupe comprenait des responsables de la promotion économique des cantons de Genève et de Vaud, et le conseiller d'Etat Carlo Lamprecht, président du conseil d'administration de l'aéroport international de Genève (AIG), avait accepté d'en prendre la tête. La Vaudoise Jacqueline Maurer, cheffe du Département de l'économie, qui devait être du voyage, a été retenue par une opération de la hanche.

Etude en main, les responsables de l'AIG se sont efforcés de convaincre la direction de Thai Airways qu'une liaison non stop Genève-Bangkok serait dans l'intérêt des deux partenaires. C'est que la ligne inaugurée en octobre dernier par la compagnie asiatique a déjà connu des péripéties. Au départ, c'était un Genève-Athènes-Bangkok. Mais l'escale grecque est tombée, la Grèce ayant refusé de concéder certains droits de trafic. Depuis mars, le Genève-Bangkok passe obligatoirement par Zurich, où les passagers de et pour Cointrin perdent un temps précieux. La conjoncture a également réservé des mauvaises surprises. Si la cible de 120 passagers par vol au départ de Genève a été atteinte après quelques mois, la pneumonie atypique a ensuite fait chuter brutalement la fréquentation. Seuls 40 passagers par vol ont été recensés en avril-mai, une catastrophe pour un Boeing 747 de 400 places.

Refroidie par les mauvais résultats de cette première année, la compagnie nationale thaïlandaise allait-elle renoncer à Genève? Les Genevois sont ressortis optimistes de leur réunion avec les dirigeants de Thai Airways. «Il nous a fallu du temps pour les faire venir à Genève, mais une fois que les Asiatiques prennent une décision, ils s'y tiennent fidèlement», assure Jean-Pierre Jobin. On a fait miroiter aux interlocuteurs 200 passagers par avion avec la reprise des affaires, pour autant qu'il s'agisse d'un vol direct. Un second apport de passagers n'en étant pas moins indispensable sur ce vol intercontinental, l'AIG a proposé une prolongation du futur vol non stop Bangkok-Genève sur Bruxelles.

Cointrin entretient une relation particulière avec Thai Airways: c'est la première compagnie intercontinentale revenue à Genève depuis que Swissair y avait supprimé 14 longs courriers en 1996. La délégation n'a pas manqué de souligner durant le voyage les résultats en hausse de l'aéroport de Genève, alors que ceux de Unique dégringolent: «Nous ne sommes pas le plus grand aéroport de Suisse, mais nous sommes le meilleur.» Quelle que soit maintenant la décision que prendra la compagnie Thai, les Genevois ont le sentiment d'avoir fait ce qu'ils pouvaient pour défendre leur liaison directe. «Au moins, cette partie du voyage a bien marché», soupire un participant.

L'Arc lémanique, «cœur de l'Europe»

Le groupe avait également à son programme, à côté de quelques excursions touristiques aux marchés flottants et au pont de la rivière Kwai, de vanter à un parterre de chefs d'entreprise l'attractivité de la région lémanique. Pour l'occasion, les services de la promotion économique des cantons de Vaud et de Genève ont mis au point, pour la première fois, une présentation commune d'une région présentée sans complexe comme étant «le cœur de l'Europe» et dont la «philosophie est d'offrir le meilleur environnement pour les affaires et la famille».

Mais cette partie du programme a montré les difficultés à atteindre le public cible. Ce voyage, d'abord retardé pour cause de SRAS, a sans doute souffert d'un contenu précisé trop tardivement et d'une préparation insuffisante. Lorsqu'il est apparu que les 45 acteurs économiques annoncés par l'ambassade ne seraient en réalité que quelque 20 personnes représentant le secteur des voyages, il a fallu modifier à la dernière minute le contenu de la présentation donnée dans un grand salon de l'Hôtel Oriental. Le tourisme constitue les deux tiers des flux de passagers entre les deux pays. Si les Suisses sont nombreux à consommer depuis des années les charmes divers de la Thaïlande, la Suisse espère attirer chez elle le tourisme haut de gamme et émergent de ce pays asiatique. La déconvenue face au parterre clairsemé de l'Hôtel Oriental a suscité parmi la délégation des critiques sur la coupable désinvolture de l'ambassade suisse dans la préparation et l'accueil de la visite des envoyés de la Lake of Geneva Region. Grand seigneur, Carlo Lamprecht ne s'est jamais départi du sourire et de la cordialité qui en ont fait, pour un tel voyage, l'homme de la situation.