Genève

Carlos Medeiros, un président qui dérange

Elu en juin à la tête du Conseil municipal de la Ville, l’élu MCG annonce sa démission à la fin de son mandat. Peu pudique sur les réseaux sociaux, sanguin et souvent fielleux, l’élu divise

Carlos Medeiros, un président qui dérange

Genève Depuis juin à la tête du Conseil municipal de la Ville, le MCG annonce sa démission à la fin de son mandat

Peu pudique sur les réseaux sociaux, sanguin et souvent fielleux, l’élu divise

A peine assis dans son fauteuil de président, déjà prêt à le quitter. Le MCG Carlos Medeiros annonce au Temps sa démission du Conseil municipal de la Ville de Genève à la fin de son mandat, en juin 2016. Après s’être battu pour accéder au statut de premier citoyen de la commune, il dit vouloir se consacrer «pleinement» à son mandat de député au parlement cantonal et «laisser la place aux jeunes», à la «relève» de son parti.

Prise par d’autres élus, une telle décision serait probablement surprenante. Elle l’est moins pour celui qui se penche sur la trajectoire de ce saisonnier portugais, débarqué dans le canton à l’âge de 21 ans avec quelques centaines de francs pour «suivre une fille». Celle qui deviendra quelques années plus tard sa première femme, avec laquelle il aura un seul enfant.

Depuis son arrivée à Genève en 1987, l’homme empile les «boulots». Groom à l’Hôtel du Rhône, concierge, maître-nageur, restaurateur aux Pâquis, portier de la discothèque Arthur’s, agent de sécurité, animateur pour enfants, patron d’une boîte de nuit au centre-ville, directeur d’une entreprise de vente d’abonnements téléphoniques, importateur d’huile d’olive italienne, distributeur de lingerie fine fabriquée au Portugal et gérant d’une entreprise de services dans le bâtiment… Le pedigree professionnel de Carlos Medeiros se suffit à lui-même pour décrire le type d’homme qu’est l’élu MCG: un personnage un peu foutraque, qui s’est construit tout seul et qui a sans doute le nez aiguisé pour les bonnes affaires. Mais le self-made-man ne se résume pas à son parcours professionnel.

Depuis le 2 juin 2015, celui qui se rêvait surfeur australien a échangé sa combinaison isothermique pour le costume deux pièces de président du Conseil municipal de la Ville de Genève. Son nouveau statut aurait pu le conduire à oublier ses anciennes habitudes. Celles d’un conseiller municipal «fort en gueule, sanguin», utilisateur compulsif de Facebook, sans réserve ni filtre quant à ses propos, où il mélange allégrement vies politique, privée et professionnelle.

Des invectives jetées à ses adversaires lors d’une séance houleuse du Municipal – «Pétasse (…), je vais lui exploser la gueule à ce con» – à l’exhortation sur son profil à «virer tous» les Roms, Carlos Medeiros brille par sa capacité à transformer toute discussion en débat incandescent. Lui affirme qu’il aime «jeter des grenades», mais «qu’au fond», il est un «gentil garçon». «Je ne le fais jamais gratuitement. C’est pour lancer le débat.»

Ennemi historique du MCG, le député PDC Vincent Maitre juge sévèrement son comportement et sa démission, comme pour résumer le mépris qu’inspire le style Medeiros à une classe politique plus soucieuse des convenances. «J’ai une autre conception du respect des règles et du dévouement que chaque élu doit aux institutions. A plus forte raison lorsqu’on s’acharne à en truster les plus hauts postes. Non content d’incarner la vulgarité à lui tout seul, je constate qu’il semble bien plus intéressé par le statut social que lui procure sa fonction que par la fonction elle-même. Il y a ceux qui servent et ceux qui se servent…»

Aujourd’hui, si la jeune présidence du Lusitanien n’est globalement pas contestée, son attitude sur le réseau social, elle, continue à déranger. Le 15 juillet, «vers 07h00 du matin» affirme 20 minutes, sa photo de profil est brièvement changée par une photo plus litigieuse: celle d’une femme utilisant vraisemblablement une carte d’assurance maladie pour aligner une poudre blanche sur la vitre d’une tablette numérique. Une affaire embarrassante pour celui qui n’a jamais cessé de fustiger le deal de rue et qui prônait la «tolérance zéro» en matière de consommation lorsqu’il cogérait avec Eric Stauffer le Bar à whisky, dans les Rues-Basses.

Questionné, Carlos Medeiros parle d’une mauvaise plaisanterie, de piratage. «Une histoire de jalousie entre filles», avance-t-il depuis le bateau amarré quelque part en Italie qu’il partage avec le cofondateur du MCG, son ami Eric Stauffer. Parrain de son fils issu d’un deuxième mariage et président d’honneur du parti, ce dernier lui rappelle pourtant «son devoir de représentativité». Quant au joyeux mélange des genres entre vie privée et vie publique sur le réseau social, là encore, Carlos Medeiros «assume». «Je suis un personnage public. Je ne m’amuse pas à mentir sur ce que je suis. Tant pis si cela déplaît.»

Le premier citoyen de la Ville s’érige désormais en modèle de réussite sociale. Il ne cache ni ses soirées où le champagne se sabre et les magnums de vodka s’alignent, ni ses nuits sonores à Ibiza. «J’ai toujours aimé la nuit. Je dirais même que j’y ai fait mes plus belles rencontres, professionnelles ou amicales. La nuit, les masques tombent.» Qu’importe l’image qu’il donnera, «j’assume mon côté fêtard, dit-il. Il faut être sérieux, mais ne pas se prendre au sérieux», raconte-t-il en expliquant que l’auteur de l’aphorisme n’est autre qu’Eric Stauffer. Dans le microcosme politique, Carlos Medeiros est affublé d’un sobriquet: «la doublure». «C’est un honneur d’être la doublure d’un gars pareil», rétorque l’intéressé.

Son nouveau costume de président est un «aboutissement» à ses yeux. Une reconnaissance plutôt, voire une revanche dont Carlos Medeiros semble avoir besoin bien qu’il n’en fasse jamais explicitement état. La Suisse, il l’aime plus que les Suisses eux-mêmes, confesse-t-il volontiers. Comme pour rappeler que son statut social et sa nationalité, il les a gagnés à la sueur de son front. «J’ai toujours voulu m’intégrer sans pour autant m’assimiler. Même si j’aime les sardines, je me vois mal en griller à 22h00, enfumant tout l’immeuble.» A l’entendre, il s’érige aussi en modèle d’intégration. «Je connais d’autres Portugais qui sont arrivés en même temps que moi. Eh bien eux ont toujours de la peine à parler bien français.»

Trente-troisième membre du Mouvement Citoyens genevois par ordre d’arrivée, le presque quinquagénaire ne pouvait que se tourner vers ce parti. Ses premiers pas politiques se font dans les jeunesses du Centre démocratique social (CDS), parti portugais conservateur où son frère officie déjà. De cette période, il se souvient d’un «joyeux bordel», d’une activité plus trépidante que jouer au football. Quant à la dictature de Salazar, Carlos Medeiros en garde un souvenir moins sévère que d’autres. «Je n’ai pas d’affinités particulières avec ce régime peu friand d’accorder des libertés, mais au moins l’éducation était bonne, la santé gratuite, et le chômage et la corruption étaient moins présents.»

Aujourd’hui, Carlos Medeiros demeure toujours l’un des vice-présidents du MCG.

«Il ne cache ni ses soirées où le champagne se sabre ni celles où les magnums de vodka s’alignent»

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