Après avoir successivement égratigné deux conseillers fédéraux (Pascal Couchepin en Napoléon et Joseph Deiss, évanescent, suggéré uniquement par un ballon de plage portant son prénom), le Parti socialiste se sert donc des trois Suisses. Présentée hier, leur plus récente affiche pour la campagne électorale détourne le célèbre tableau de Jean Renggli l'Ancien, peint en 1891 à l'occasion des 600 ans du serment du Grütli. Walter Fürst s'y retrouve drapé d'une tunique aux couleurs européennes et Werner Stauffacher vêtu de celles des Nations unies. Au centre, enfin, Arnold von Melchtal porte fièrement les couleurs suisses. A quelques jours du 1er Août, les socialistes veulent montrer par-là qu'ils n'entendent pas céder le terrain du patriotisme à l'UDC, tout en signifiant que le leur «n'a pas de frontières». Pour le PS, le patriotisme n'est l'apanage d'aucun parti. «Chacune et chacun en témoigne à sa façon, et toutes et tous sont appelés à se retrouver sous la bannière de la démocratie, de la tradition humanitaire et de l'intégration respectueuse des minorités», explique son porte-parole. En clair: l'avenir du pays passe aux yeux des socialistes par une ouverture au monde, l'adhésion à l'Union européenne (question que n'osent plus évoquer radicaux et démocrates-chrétiens) et un engagement fort au sein de l'ONU.

Lors de la présentation des deux affiches précédentes, le Parti socialiste avait avoué compter sur la publicité à bon compte que lui procurait la polémique. Bien qu'elle se serve d'un mythe, l'affiche sur les trois Suisses ne devrait pas susciter trop d'émoi. Le PS aurait donc pu être tenté un instant de poursuivre sur sa lancée en s'attaquant aux autres conseillers fédéraux. Mais après Pascal Couchepin et Joseph Deiss, il n'y avait plus personne à attaquer au gouvernement. S'en prendre à Ruth Metzler aurait probablement soulevé les foudres de l'aile féministe du parti. Kaspar Villiger, lui, est sur le départ. A son évocation, les stratèges des partis ne pensent d'ailleurs déjà plus qu'à son successeur. Samuel Schmid, enfin, n'est pas vraiment représentatif des démocrates du centre et s'en prendre à lui n'aurait pas constitué une vraie attaque contre l'UDC blochérienne.

On le voit, le nombre de conseillers fédéraux que le Parti socialiste en campagne électorale peut utiliser comme cibles est réduit. Analysée sous cet angle, la question politique de cette fin d'année – à savoir celle de la redistribution des sièges au gouvernement – n'a qu'une seule réponse possible: il est urgent de revenir à la «première» formule magique du temps de Jean Renggli, avec six radicaux et un catholique conservateur au Conseil fédéral.