Élections

Carole-Anne Kast, présidente du PS: «La droite attaque Anne Emery-Torracinta pour prendre le DIP»

La présidente du Parti socialiste genevois répond aux critiques dirigées contre la conseillère d’Etat Anne Emery-Torracinta. Elle y voit la main de ses adversaires politiques

En une semaine, Anne Emery-Torracinta a beaucoup perdu. La conseillère d’Etat en charge du Département de l’instruction publique (DIP) avait l’image d’une femme sérieuse, au bon bilan, en route vers sa réélection. Sept jours plus tard, le doute s’est installé. Elle s’est d’abord contredite sur le lancement d’une enquête portant sur la manière dont son propre département a géré, il y a vingt ans, les accusations visant Tariq Ramadan, alors enseignant au Collège de Saussure, qui aurait eu des relations sexuelles avec des élèves.

Samedi, suite aux révélations de la RTS et de la Tribune de Genève, on apprenait que la secrétaire générale du DIP était suspendue. Le DIP aurait passé un contrat avec une société liée au conjoint de cette haute fonctionnaire. Et c’est la conseillère d’Etat qui aurait signé le document final. Carole-Anne Kast, présidente du Parti socialiste genevois, lance la contre-attaque.

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Le Temps: Quelle a été votre réaction en apprenant que votre magistrate avait signé un contrat qui lie son département à une entreprise présidée par le compagnon de la secrétaire générale du DIP?

Carole-Anne Kast: J’ai demandé à Anne Emery-Torracinta comment cela s’était produit. Elle nous a donné des explications dans la mesure de ce que le secret de fonction l’autorise à faire. Si l’enquête démontre que la secrétaire générale du DIP n’a pas respecté les procédures, elle devra en répondre.

Pensez-vous qu’Anne Emery-Torracinta a manqué de prudence?

Je n’ai pas les éléments pour le dire. Ce que je sais en revanche, c’est qu’un conseiller d’Etat doit signer un nombre très important de dossiers et qu’il existe des procédures internes sur lesquelles il doit pouvoir se reposer. Ce n’est pas à lui de vérifier si tout a été respecté. Si cela devait être le cas, alors il y a un problème de fonctionnement général au sein de l’Etat.

La plainte que la magistrate a déposée contre X était-elle la bonne réponse à la révélation d’une enquête portant sur un actuel enseignant du Collège de Saussure?

Il n’existe pas de plainte! C’est extraordinaire que les médias répètent cela, alors qu’il s’agit d’une dénonciation, obligatoire pour la validité de l’enquête actuelle. On écrit que le DIP empêche la parole de se libérer alors que c’est précisément le contraire: si cette dénonciation n’avait pas été faite, les avocats de l’enseignant mis en cause auraient pu faire invalider toute la procédure.

Depuis le début du volet genevois de l’affaire Ramadan, le comportement de votre conseillère d’Etat vous semble-t-il adéquat?

Oui. Peut-être aurait-elle dû ouvrir une enquête indépendante dès le début? Je rappelle que personne n’en avait fait la demande, en novembre. Je rappelle également que les faits sont prescrits et que les personnes mises en cause ne sont plus en place. Quelle que soit la procédure, il n’y a malheureusement aucune sanction pénale ni administrative à en attendre.

Qu’attendez-vous de l’enquête indépendante annoncée par Anne Emery-Torracinta lundi dernier?

Vu la situation, établir si l’institution aurait pu ou dû agir différemment qu’elle l’a fait est une bonne chose. Notre époque est faite de méfiance envers les institutions et pouvoir analyser le fonctionnement il y a vingt ans est nécessaire pour rétablir cette confiance. Mais quel que soit le talent des personnes auxquelles on va confier cette enquête, il risque d’être difficile d’établir des faits aussi anciens. J’espère qu’elles y parviendront, car sinon ce sera symboliquement très difficile pour les victimes.

Comment interprétez-vous le revirement d’Anne Emery-Torracinta qui lundi dernier au matin ne voulait pas lancer d’enquête et s’y est résolue le lundi soir?

Je n’y vois pas un revirement. Elle a finalement accepté de faire bouger les lignes, car l’institution qu’elle préside a à y gagner. Cette demande d’enquête est venue au moment où les soutiens des personnes qui ont eu le courage de témoigner ont réalisé qu’il existait peu de prise pour réparer les dommages subis. Cependant, ces soutiens demandaient d’utiliser un outil qui n’était pas le bon. L’enquête indépendante peut en revanche répondre à la demande de transparence.

L’action de votre magistrate vous semble donc parfaite?

Anne Emery-Torracinta a bien agi, même si sa communication n’a pas été bonne. Elle en convient d’ailleurs. Elle est reconnue comme une femme d’action, compétente, qui connaît bien ses dossiers, même si elle n’est pas la meilleure communicatrice. Mais tire-t-on le bilan d’un conseiller d’Etat sur sa communication et ses effets de manche, ou sur l’action qu’il mène? Pour nous, les attaques que subit Anne Emery-Torracinta sont une charge politique.

C’est-à-dire?

Il n’est pas anodin que ces histoires sortent en ce moment. On ne peut pas attaquer Anne Emery-Torracinta sur son bilan, qui est bon. On l’attaque donc sur autre chose. La première charge contre notre magistrate porte sur des faits vieux de vingt ans. Je ne vois pas comment on peut la tenir responsable. Dans le groupe des accusateurs se trouvent d’ailleurs des personnalités de gauche, instrumentalisées par ceux qui veulent que le DIP revienne à la droite. Il est intéressant de voir qu’on y retrouve des élus de l’Entente, qui pourtant était à la tête du DIP à l’époque. Ces coups sont-ils faits pour cacher le bilan inexistant de leurs propres magistrats?

La semaine qui vient de passer peut-elle nuire à la candidature de votre magistrate au Conseil d’Etat?

Le timing est fait pour, non? L’élection dira si ceux qui veulent lui porter atteinte ont réussi leur coup. De mon côté, j’ai reçu beaucoup de témoignages de soutien à Anne Emery-Torracinta.

Conserve-t-elle votre soutien et celui de votre parti?

Bien sûr. On a confiance en elle pour mener à bien les enquêtes lancées. C’est une femme très intègre, compétente, et c’est probablement ce qu’on veut lui faire payer aujourd’hui.

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