Portrait

Caroline Widmer, chasseuse de talents en gestation dans les start-up genevoises

Après une longue carrière de communicante à l’Etat, elle a pris la tête de Pulse, le nouvel incubateur de la HES-SO Genève, qui est inauguré ce lundi soir

Parler d’un projet, choisir ses mots dans les moindres détails, emballer, convaincre, Caroline Widmer sait faire. Durant près de dix ans, la Genevoise a travaillé comme responsable de communication à l’Etat. Aujourd’hui, c’est à ses premières amours – l’économie et l’entrepreneuriat – qu’elle retourne en prenant la tête de l’incubateur Pulse, lancé par la HES-SO Genève en septembre dernier.

Le nouveau berceau de start-up a pris ses quartiers dans un ancien bâtiment de la HEAD, à deux pas de la gare Cornavin. Dans ce vaisseau au design coloré et graphique, une quinzaine de projets innovants sont en gestation, de la poubelle à compost inodore au jeu vidéo interactif, en passant par une collection capsule de mode éthique ou des logiciels de sécurité. Tous sont l’œuvre d’étudiants, d’alumni ou de collaborateurs d’une des six hautes écoles spécialisées que compte Genève. «Rassembler des ingénieurs, des designers ou encore des gestionnaires sous un même toit, c’est l’une des grandes forces du projet», souligne Caroline Widmer, assise, en toute décontraction, sur un haut tabouret de la salle commune.

Le sens du mot déboussolé

Si Pulse héberge des projets, il ne les finance pas directement. «Nous fournissons les locaux, l’accompagnement et prenons en charge certains frais liés au développement du projet, précise Caroline Widmer. Le but est d’amener les start-up à voler de leurs propres ailes.» Selon leur niveau d’avancement, certains projets peuvent intégrer le marché ou rejoindre d’autres incubateurs tels que la Fongit ou la Fondetec. «Le lien avec le tissu économique local est prédominant, insiste Caroline Widmer. Il faut rester en phase avec les besoins du marché, créer des ponts avec les entreprises.» Elles sont quelques-unes à avoir déjà répondu présent: HPE, FirstMed ou encore Open Web Technology.

De l’ambition, la directrice de Pulse n’en manque pas, et cela depuis toute petite. Elle assume. Très tôt, elle saute du nid, s’aventure hors de sa zone de confort, à Lyon d’abord, puis au Canada. «Lorsque j’ai débarqué à l’internat des Chartreux à l’âge de 13 ans, après avoir grandi dans l’insouciance de mon cocon genevois, j’ai compris le sens du mot déboussolé. Je n’ai pas eu d’autre choix que de m’adapter.» Au moment d’entamer ses études universitaires, Caroline Widmer choisit McGill, à Montréal. «Là-bas, l’entrepreneuriat est une religion, souligne-t-elle, l’œil pétillant. La compétition existe mais s’accompagne d’un fort esprit d’entraide, c’est ce mélange ultra-stimulant qui m’a attirée.»

Impact social

De retour à Genève, au début des années 2000, Caroline Widmer fonde la section genevoise du Rotaract, l’équivalent du Rotary Club mais pour les jeunes. Après avoir fait ses premières armes dans les organisations internationales, elle travaille ensuite quelques années pour PRO, une entreprise sociale privée qui emploie des personnes en situation de handicap. C’est là qu’elle fait la connaissance de Pierre Maudet, alors membre du conseil de fondation. En 2009, année de naissance de son fils Antoine, elle le rejoint au Département de l’environnement urbain et de la sécurité en ville de Genève.

«J’ai toujours aimé travailler dans des domaines à fort impact social. Même dans l’administration publique, j’ai bénéficié d’une grande liberté d’initiative», explique-t-elle. Comme le jour où, enthousiasmée par la proposition de deux pompiers, elle monte une campagne de sensibilisation à l’alcool au volant. «Sans disposer de moyens financiers, lorsqu’on a tourné la cascade sur la place Neuve, je me suis dit que tout était possible», sourit-elle malicieusement.

En 2012, année de naissance de sa fille Julie, elle devient secrétaire générale adjointe du Département de la sécurité et de l’économie et participe à la transition numérique de l’Etat. «Réunir 600 sites sur une seule plateforme, ça a fait grincer des dents, mais le service aux usagers s’est trouvé grandement amélioré.» De ces dix ans intenses, surmontés de défis sportifs avec une vie familiale minutieusement réglée, Caroline Widmer garde un souvenir ému. «J’ai beaucoup appris en travaillant aux côtés de Pierre Maudet.» En parallèle, elle rejoint le Collectif 1m83, cette équipe multidisciplinaire qui a récemment habillé l’aile Jura d’Uni Bastions d’une œuvre d’art monumentale.

Donner une âme

Lorsqu’elle entend parler de l’incubateur Pulse, en début d’année, le déclic est immédiat. «Le projet réunissait toutes les qualités, le côté académique, entrepreneurial, innovant.» L’aspect «première pierre» l’attire aussi. Pour se faire une place dans l’écosystème genevois déjà bien fourni, Pulse doit se démarquer. «On part de rien, confie Caroline Widmer. Il faut prendre possession du lieu, lui donner une âme, créer une ambiance d’équipe.» Avec sa nouvelle fonction, Caroline Widmer est aussi passée de l’autre côté du miroir. De personnage semi-public, la jeune femme se retrouve aujourd’hui pleinement exposée. «Je ne suis plus seulement la représentante d’un projet, je le porte, je l’incarne pleinement. Ça me plaît.»

Alors que la culture start-up se développe en Suisse, en particulier à Genève, il serait selon elle vain de copier l’esprit californien. «Genève possède ses propres atouts, avec la proximité des organisations internationales, des banques, de centres de recherche de pointe», s’enthousiasme Caroline Widmer. Sur ce terreau ultra-fertile, elle entend rassembler, quitte à rompre avec la tendance individualiste qui caractérise la Cité de Calvin. Téléphone à la main, Caroline Widmer jongle entre les appels. L’inauguration a lieu ce lundi et il reste des détails à régler. Avoir un œil partout, n’est-ce pas le rôle d’une directrice?


Profil

1979 Naissance à Genève.

1998 Etudes d’économie à l’Université McGill, à Montréal.

2009 Commence sa carrière dans l’administration publique.

2018 Devient membre du Collectif 1m83.

2019 Nommée directrice de Pulse, l’incubateur de la HES-SO Genève.

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