C’est par un concert de klaxons dans les rues de Delémont que les chauffeurs de bus ont accueilli la nouvelle du jour. C’est peu dire qu’elle était attendue. Ce lundi, le gouvernement cantonal a annoncé que CarPostal continuera finalement d’exploiter les 39 lignes du réseau de bus jurassien, un marché non négligeable qui pèse l’équivalent de 20 millions de francs par année. La société des bus jaunes a emporté la mise au concours face à trois autres concurrents. Un épilogue qui met fin à un véritable feuilleton qui a secoué le Jura durant trois ans.

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Au moment de commenter ce choix, le ministre jurassien des Transports, David Eray, ne cachait pas sa satisfaction: «L’appel d’offres a permis d’améliorer les prestations de transports publics de 7% alors que le coût pour les collectivités publiques va diminuer de 20%, soit environ 4 millions de francs par année. En ouvrant notre réseau à la concurrence, nous avons pris un risque d’entrepreneur. Aujourd’hui, le résultat dépasse les attentes.»

A noter que les trois autres candidats étaient les sociétés Alsa Jura, RATP Dev Suisse Transport Public, ainsi que les Transports publics du Jura (TPJ), une entreprise régionale constituée pour l’occasion par la Compagnie des chemins de fer du Jura (CJ) avec l’appui des Transports publics fribourgeois (TPF). «Nous sommes déçus, nous avions beaucoup travaillé cette dernière année pour cet appel d’offres», réagissait à chaud Frédéric Bolliger, directeur des CJ, qui misait sur l’idée d'«une véritable société jurassienne avec un siège dans le Jura».

Syndicats soulagés

Au final, du côté des syndicats, c’est le soulagement qui est de mise. «Sur le fond, la décision correspond à nos attentes, relève Jean-Pierre Etique, secrétaire au Syndicat du personnel des transports (SEV). Notre revendication principale était que l’entreprise retenue soit au bénéfice d’une convention collective de travail.» Sur la forme, le syndicaliste demeure néanmoins amer: «Ce furent trois ans de tensions, d’incertitudes concernant les places de travail, d’inquiétudes pour les employés et leur famille, trois ans où le gouvernement jurassien a tiré à boulets rouges sur CarPostal pour finir par leur confier à nouveau le mandat. Tout ça pour ça…»

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A l’origine de toute cette procédure, il y a en effet la rupture du lien de confiance entre le Jura et le transporteur jaune, suite aux prétentions financières de ce dernier jugées trop élevées et inexplicables. Le 24 mai 2017, le canton annonçait alors la mise au concours de l’ensemble de ses lignes de bus régionales, devenant ainsi le premier en Suisse à ouvrir la totalité de son réseau à la concurrence. Un canton encore conforté dans sa décision par l’éclatement, en février 2018, du retentissant scandale du détournement des subventions publiques par CarPostal. Mais la procédure allait provoquer des débats enflammés au parlement jurassien et une levée de boucliers parmi les syndicats (pétition, manifestations…), mettant le ministre David Eray sous pression.

Nouvelle identité visuelle

Aujourd’hui, les tensions semblent donc apaisées. «La confiance était rompue, admet aujourd’hui David Eray. Mais, assainie depuis le scandale CarPostal, ce n’est plus la même entreprise. Elle est dorénavant plus transparente, plus correcte, et ses offres sont véritablement compétitives.» Pour marquer symboliquement le nouveau départ, les bus circulant sur les 39 lignes du réseau vont adopter une identité visuelle propre et abandonner leur emblématique couleur jaune pour, probablement, le rouge et le blanc, couleurs du Jura.