Succession

La carte femme, une chance romande pour le Conseil fédéral

Les PLR romands se sont-ils résignés à la perte de leur siège au Conseil fédéral, ou le défendront-ils contre le favori tessinois? Les dirigeants cantonaux voient dans une candidature féminine, comme celle d’Isabelle Moret, l’opportunité de se démarquer

Face à la surprise qu’a créée la démission de Didier Burkhalter la semaine dernière, les sections cantonales du Parti libéral-radical sont en pleine effervescence. Elles tâtent les potentiels candidats, qu’elles devront présenter le 11 août au plus tard à leur groupe fédéral. Si personne ne conteste l’attribution du siège à un élu latin, nul ne s’est encore officiellement présenté. Qui sera le premier candidat à sortir du bois?

Sans prétendant prêt dans l’immédiat, calé dans les starting-blocks, les sections romandes soupèsent les chances de leurs élus. Quid d’un Neuchâtelois pour remplacer un Neuchâtelois? «Nous avons quatre excellents candidats potentiels», dit Damien Humbert-Droz, président de la section neuchâteloise du PLR. «Deux conseillers d’Etat qui ont déjà siégé aux Chambres fédérales et deux parlementaires fédéraux. Chacun d’eux détient les atouts pour prétendre à la succession de Didier Burkhalter. Nous les avons sollicités, et si l’un d’eux est motivé, nous le soutiendrons avec fierté dans sa démarche.»

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Pas de candidat valaisan

En Valais, Philippe Nantermod exclut la possibilité de se présenter. «Je suis trop jeune, ma candidature ne serait pas crédible», annonce clairement le conseiller national, qui se marie samedi. «Notre conseiller d’Etat fraîchement élu est lui aussi hors course, de par son manque d’expérience. Il n’y aura vraisemblablement pas de conseiller fédéral PLR valaisan pour cette fois, mais si un Romand se présente, nous le soutiendrons.»

A Genève, personne n’a encore manifesté son intérêt. Bien que, pour Christian Lüscher, «la question peut toujours se poser». Le grand muet est Pierre Maudet, qui n’a jamais caché son désir de siéger dans la plus haute instance exécutive du pays. «Personne ne doute de ses compétences, mais il reste un grand inconnu à Berne. Sa plus grande chance serait de se profiler pour le Conseil des Etats, et de se présenter au Conseil fédéral dans huit ans», glisse l’un de ses proches.

Le seul élément perturbateur serait de jouer la carte féminine

De toute évidence, le favori s’appelle Ignazio Cassis, chef du groupe parlementaire PLR. Cela fait dix-huit ans que le Tessin n’est plus représenté au Conseil fédéral. «A titre personnel, je soutiens qu’un Tessinois a la priorité dans cette élection», appuie l’historien radical Olivier Meuwly. «Décemment, les Romands auraient du mal à prétendre à trois sièges. Le seul élément perturbateur serait de jouer la carte féminine, cela brouillerait la clarté du jeu. La dernière femme PLR à siéger au Conseil fédéral était Elisabeth Kopp, élue il y a trente-trois ans.» Le nom tombe. Celui de la Vaudoise Isabelle Moret, seule femme PLR latine élue aux Chambres fédérales.

A propos de Laura Sadis: Femme, Tessinoise et PLR, qui dit mieux?

Les ministres cantonaux hors jeu

«Il y a bien des élues PLR dans les cantons, mais ma thèse, c’est que les ministres cantonaux n’ont aucune chance. On le sait d’expérience, le parlement ne choisit pas volontiers un candidat hors du sérail fédéral. Les parlementaires n’élisent un conseiller d’Etat que lorsqu’ils n’ont pas d’autre choix, et la règle du milieu s’est toujours imposée. C’est d’ailleurs la grande bêtise des constitutions cantonales actuelles: on interdit les Chambres fédérales aux conseillers d’Etat en fonction», analyse encore Olivier Meuwly.

Qu’en dit l’intéressée? «Ce qui prime, ce sont les compétences. A qualités égales, je ne sais pas ce qui est le plus important: une représentation équitable des régions ou un équilibre des sexes.» Isabelle Moret y réfléchira durant le mois de juillet, nous promet-elle.

Le canton de Vaud est par ailleurs déjà représenté au Conseil fédéral par l’UDC Guy Parmelin, mais cela n’a rien d’éliminatoire pour le président du PLR vaudois, Frédéric Borloz. «Il est sûr que, médiatiquement, une femme serait bien perçue dans la course au Conseil fédéral et que, pour le canton de Vaud, ce serait un aspect positif. Mais à la fin, ce sont les 246 parlementaires qui choisissent. Notre comité doit avoir une réflexion sur le potentiel de réussite de nos candidats. Car on sort rarement indemne d’une candidature au Conseil fédéral: c’est une machine à broyer les gens», déclare-t-il avec une volonté de protéger les siens.

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Dossier
Succession de Didier Burkhalter: l'élection d'Ignazio Cassis au Conseil fédéral

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