On ne touche pas à l'égalité devant la nourriture. Pas de cadeau sur les victuailles pour les familles nombreuses. Pour avoir voulu leur offrir un rabais de 10% sur l'ensemble de ses produits, alimentaires ou non, dans le cadre de l'opération Carte Gigogne, Coop Genève a déclenché une vague de protestations et de récriminations viscérales qui l'ont amenée à revenir sur ses engagements. Coop a dû se résoudre à limiter son offre de réduction de 10% aux seuls vêtements de la gamme Naturaline pour enfants, tout en essuyant des reproches pour l'abandon de ses engagements.

Lancée en janvier par le Département genevois de la santé et de l'action sociale, la Carte Gigogne a été distribuée à quelque 30 000 jeunes de moins de 20 ans appartenant à des familles de trois enfants et plus. Mandatée par le Conseil d'Etat, la Fondation Pro Juventute a constitué un réseau d'entreprises et de commerces offrant des avantages aux détenteurs de la carte. Et parmi eux, Coop Genève, qui souhaitait faire un geste en faveur des familles.

Le grand distributeur, qui était le seul à offrir une réduction sur l'alimentaire, a sans doute sous-estimé l'aspect psychologique primaire et «tripal» lié à la nourriture. «Nous avons été assaillis de lettres et de messages d'une rare violence, se justifie le directeur André Muslin, tout ému. Je n'aurais jamais imaginé que faire un geste en faveur des familles puisse déclencher de telles réactions. On nous a reproché de ne rien faire pour les personnes âgées ou en difficulté. On nous a dit que les familles de trois enfants avaient fait un choix et qu'elles avaient les moyens. Nous sommes une entreprise qui a des responsabilités sociales vis-à-vis de l'ensemble de sa clientèle, nous ne pouvions donc pas maintenir un geste de solidarité interprété comme une discrimination par une partie de nos clients.» Pro Juventute a toutefois maintenu Coop, qui y réfléchira à deux fois désormais, dans son réseau.