L’ambiance commence à changer dans le canton de Vaud. Il y a quelques semaines, avec 60 nouveaux cas de contamination au Covid-19 par jour, les autorités se voulaient rassurantes: ces infections n’entraînent pas d’hospitalisations et concernent pour la majorité des jeunes. Mais l’inquiétude monte. Vaud est le canton suisse qui enregistre le plus de nouvelles infections par habitant et a passé la barre de 100. Classé désormais avec Genève par l’Allemagne comme région à risque, il est suivi de près par l’OFSP. C’est que l’on craint un effet «boule de neige» en Suisse romande si le plus grand canton de la région venait à perdre le contrôle de sa courbe de contaminations. Pour l’instant, elle évolue avec une tendance à la hausse, due entre autres à l’augmentation du nombre de tests, mais le mot que tout le monde redoute est celui d'«exponentiel».

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«Depuis plusieurs jours, le Conseil d’Etat est en contact avec tous les milieux concernés et prend en compte la réalité du terrain», garantit la ministre vaudoise de la Santé, Rebecca Ruiz. «Nous avons besoin d’avoir une vision globale qui se fonde sur l’évolution de l’épidémie, les attentes de la population, qui ont beaucoup évolué depuis le mois de mars, et les impératifs sanitaires et économiques. Plus récemment, les décisions de pays voisins peuvent avoir un impact important. C’est sur la base de cette réalité que nous élaborons un dispositif cantonal visant la clarté et un maximum de cohérence.»

Aucune nouvelle mesure depuis juillet

Des critiques sur le système de traçage trop laxiste, le maintien de l’ouverture des boîtes de nuit – alors que Genève les a fermées – ou la jauge jugée trop haute de 1000 personnes pour les rassemblements se font entendre.

«Comment le canton de Genève a-t-il fait pour passer de 100 cas pour 100 000 habitants à 50? C’est ce que le Conseil d’Etat vaudois devrait étudier. Sinon, la situation risque de déborder comme à Marseille actuellement», s’inquiète le président de la Société vaudoise de médecine, Philippe Eggimann. «Ont-ils été plus agressifs sur le traçage, fait des frottis, des campagnes de dépistage systématiques?»

Le médecin se dit préoccupé: «Dans le canton de Vaud, aucune nouvelle mesure n’a été prise depuis le mois de juillet», tonne-t-il. Or la courbe, elle, continue de grimper, avec 103 nouvelles infections le 8 septembre, lors du dernier point de situation. «On observe, on juge que le traçage fonctionne mais, pendant ce temps, les transmissions asymptomatiques se propagent. La solution de tester tous les contacts d’une personne contaminée à trois jours, puis à dix jours devrait être envisagée. Aussi, Didier Pittet a demandé que les politiques se retournent vers les scientifiques. Or nous sommes convoqués à des séances d’information mais on ne prend pas en compte notre avis comme cela se fait pourtant dans d’autres cantons», regrette l’infectiologue.

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Informations contradictoires

Rebecca Ruiz communiquera de nouvelles décisions ‪mardi prochain. «Personne ne veut une deuxième vague incontrôlée du virus, garantit-elle. Nous devons tout faire à notre échelle, dans notre canton, pour l’éviter.»

En début de semaine, Vaud demandait pourtant à Berne que les dix jours de quarantaine soient réexaminés à la baisse, et qu’après cinq jours seulement le retour au travail soit possible, moyennant le port du masque. Difficile de s’y retrouver pour le public entre ces différents messages.

«La situation évolue et nécessite d’adapter le dispositif selon les préoccupations sanitaires, les gens le comprennent. Le danger, c’est qu’à force de mettre en place des plans qui se succèdent, on crée des inégalités entre les secteurs», craint Gilles Meystre, président de GastroVaud. «Le canton de Vaud a été le premier début juillet à rendre les masques obligatoires dans les magasins: en comparaison intercantonale, nous ne sommes de loin pas les moins stricts. Le tout est de faire tourner au maximum l’économie sans que l’Etat intervienne.»