Apprentissage

«En cas de harcèlement, un réseau existe pour se confier»

Alors qu’une étude d’Unia révèle qu’un apprenti sur trois a été victime de harcèlement sexuel au travail, le canton de Vaud met l’accent sur une plus grande prévention envers les jeunes et les entreprises. Entretien avec Michel Tatti, directeur général adjoint à la Direction générale de l’enseignement postobligatoire

Les apprentis sont nombreux en Suisse à se retrouver confrontés au harcèlement sexuel. Une enquête d'Unia a révélé cette semaine qu'ils étaient un tiers à avoir déjà vécu une telle situation dans leur quotidien professionnel, à l'école (34%), ainsi que dans leur vie privée (54%). La Direction générale de l’enseignement postobligatoire (DGEP) du canton de Vaud, consciente du problème, souhaite renforcer la prévention dans les écoles de formation et les entreprises. Michel Tatti, directeur général adjoint à la DGEP, et ancien directeur du Centre professionnel du Nord vaudois (CPNV), réagit aux conclusions de l'étude.

Le Temps: Un tiers des apprentis ont été harcelés sexuellement. Qu'en pensez-vous? 

Michel Tatti: J'ai été très choqué par ces chiffres, d'autant plus qu'ils concernent des situations vécues au travail, mais également à l'école. C'est intolérable et il faut absolument continuer de renforcer les mesures de prévention et l'encadrement des victimes. Pour l'Etat, il est très important de donner le plus d'informations possibles aux jeunes. En commençant un apprentissage, ils se trouvent à un moment particulier de leur vie, un moment où ils débarquent dans un environnement nouveau avec beaucoup de changements.

Comment agissez-vous face à ce problème?

Nous avions, par exemple, lancé une campagne à ce sujet l'année passée sous le nom de «Respecte le respect», et des brochures ont été distribuées aux apprentis avec des informations pour les aider en cas d'abus. Nous allons renouveler cette diffusion cette année. De plus, des séances de sensibilisation pour les équipes de direction sont organisées dans les écoles professionnelles, et nous voulons aussi en proposer aux gymnases. Les entreprises formatrices sont également sensibilisées à cette problématique avec l’appui des associations professionnelles qui soutiennent le renforcement de leur responsabilité envers les apprentis.

Si un apprenti rencontre des problèmes au travail, que peut-il faire? 

Il doit tout d'abord avoir le courage d'en parler, ce qui peut représenter une étape difficile à franchir, mais que nous encourageons. Il peut ensuite solliciter tout un réseau, pour se confier: conseillers aux apprentis, services existants dans les écoles, tels les médiateurs ou l'équipe santé. Et si un adulte remarque une situation problématique en entreprise, il doit la signaler, afin d'éviter de donner toute la responsabilité d'agir aux jeunes.

Les syndicats demandent la mise en place d'une tolérance zéro face aux abus. Qu'en dites-vous?

Je suis totalement d'accord, c'est la seule position à avoir. Un apprenti abusé, c'est toujours une victime de trop. Il est également important que chaque adulte en contact avec un tel apprenti adopte une posture de respect à son égard. Ainsi, les choses peuvent s'améliorer tant du côté du harcèlement que du mobbing. Enfin, il est important de pouvoir identifier les situations problématiques et de les traiter sans concession.

Publicité