Scandalisé et fâché. Depuis deux semaines, Pierre-Alain Tschudi, le maire de Meyrin, oscille alternativement entre ces deux sentiments. Alors que cette commune genevoise de 22 000 habitants jouxtant l’aéroport est disposée à accueillir des requérants d’asile et qu’elle pensait avoir les locaux idéaux à disposition avec la caserne de Mategnin, «peu utilisée» d’après le maire, cette idée s’est heurtée au refus du Département fédéral de la défense (DDPS). Les requérants – entre 50 et 100 personnes – qui arriveront dès janvier seront donc hébergés en sous-sol dans un abri de la protection civile (PC). «Cette solution apparaît au Conseil administratif comme nettement moins humaine», critique l’élu écologiste.

Alors que le nombre de requérants d’asile qui arrivent en Suisse augmente continuellement, la commune de Meyrin s’est déclarée prête à accueillir une partie de ceux que Genève doit accueillir. «Dès cet été, explique Pierre-Alain Tschudi, nous avons manifesté nos bonnes dispositions à l’Hospice général», chargé de l’hébergement des requérants d’asile dans le canton.

La réponse est arrivée il y a peu: Meyrin accueillera bien des migrants, mais dans un abri de PC, l’abri Bellavista, situé sous l’école éponyme. «On s’est offusqué du choix de ce lieu en sous-sol. Cette décision ne remet pas en cause notre volonté d’accueillir des requérants, mais nous aimerions le faire dans de meilleures conditions. Ce sont des conditions d’hébergement d’urgence, non pas un logement digne pour des gens qui fuient des conflits et seront amenés à vivre ici un certain temps», lance le maire.

«Situation critique»

Le porte-parole de l’Hospice général, Bernard Manguin, ne cache pas les difficultés rencontrées pour loger les nouveaux arrivants: «Nous sommes contraints d’utiliser des abris comme solution transitoire.» Cela pose surtout problème pour les familles: «Notre but est de ne pas les loger en sous-sol, mais je ne sais pas si nous y parviendrons: cela dépendra du nombre de celles qui arriveront ces prochains temps», souvent en provenance d’Afghanistan, de Syrie, d’Irak ou du Sri-Lanka.

L’Hospice général évoque une «situation critique», ainsi qu’un «dispositif d’hébergement saturé». Quelque 1300 à 1400 personnes supplémentaires auront été enregistrées à Genève en 2015, où le nombre total de requérants d’asile s’élève à près de 6400. «Sur les 11 premiers mois de l’année, cela représente une hausse nette de 23% par rapport à 2014», calcule le porte-parole.

Selon les projections pour 2016, 1000 personnes supplémentaires au moins devront être accueillies. «Mais ce chiffre représente le minimum du minimum», admet Bernard Manguin. Actuellement, plus de 500 personnes, «uniquement des hommes», sont logées dans 8 abris de protection civile; 150 autres – des familles, des couples, des personnes âgées – vivent à l’hôtel.

Niet fédéral

«Nous avons demandé plusieurs fois à pouvoir utiliser la caserne des Vernets, la dernière demande datant d’il y a un mois, et nous avons essuyé des refus. Pour le DDPS, ce n’est pas une option», explique Bernard Manguin. Mategnin qui sert aussi de poste de commandement pour la PC n’entre pas non plus en ligne de compte, car il ne figure pas sur la liste des abris utilisables selon l’Office cantonal de la protection de la population et des affaires militaires.

De son côté, le Département cantonal de la sécurité confirme que «le Conseil d’Etat a demandé au DDPS, à deux occasions, de pouvoir réserver la caserne des Vernets pour l’accueil des requérants». Ces requêtes ont été refusées, le DDPS proposant l’abri Bellavista comme alternative.

Le DDPS admet avoir «reçu des demandes des autorités genevoises pour l’utilisation de la caserne des Vernets et de Mategnin». Mais explique ne pas les avoir acceptées «car la caserne des Vernets est utilisée par la troupe jusqu’à ce que de nouveaux locaux soient à disposition […] sur le site de Mategnin».

Le projet de déménagement de l’armée est lié à une votation cantonale agendée le 28 février 2016: les citoyens se prononceront alors sur un référendum lancé par la gauche de la gauche. Celle-ci s’oppose à un crédit de 21 millions de francs destiné «à reconstruire un bâtiment de stationnement de la troupe» à Mategnin, ceci pour libérer le site urbain des Vernets afin d’y construire des logements.

Eviter les crispations

«Mais le temps que des travaux débutent, on aurait pu loger les requérants dans de meilleures conditions», s’insurge le maire. Ce fut peine perdue et mardi soir, Pierre-Alain Tschudi a exposé la situation devant le Conseil municipal de Meyrin. Le réseau associatif, le centre des loisirs, les églises ont déjà été mobilisées et se sont montrées «tout à fait disposées à s’engager» pour favoriser l’intégration des migrants.

Quant à l’abri PC, «nous allons essayer de l’aménager au mieux», poursuit le maire. L’écologiste espère que ce travail en amont permettra d’éviter une levée de bouclier de la population telle que d’autres communes suisses ont pu la rencontrer ces derniers mois.