«La montagne a accouché d'une souris, mais l'instruction arbitraire de la justice valaisanne a conduit à ce que je me dessaisisse du casino que j'avais mis en place avec mon associé, avec le succès que l'on sait.» Dans un communiqué publié hier, l'ancien administrateur du casino de Saxon Alain Felley commente de manière plutôt acide une décision du juge d'instruction Jean-Pierre Greter concluant à un non-lieu.

Alain Felley et son associé Pierre-Olivier Haller avaient été inculpés en 1998 par le juge Jean-Luc Addor d'«escroquerie, gestion déloyale et faux dans les titres». Pierre-Olivier Haller et Alain Felley étaient soupçonnés d'avoir abusé, à travers une convention secrète, leurs autres associés et surtout les actionnaires publiques du casino, dont la commue de Saxon, qui ne touchaient qu'une partie infime des bénéfices.

Contrecoups politiques

Dans la foulée, le Grand Conseil avait revu le taux d'imposition du casino à la hausse (70%), alors que le canton n'encaissait jusque-là que 5000 francs par machine, ce qui avait précipité la vente par les deux administrateurs de leurs actions à la Compagnie européenne des casinos. Fermé en 2002 après n'avoir pas obtenu de concession fédérale, l'établissement appartient aujourd'hui au groupe français Partouche qui ne désespère pas de décrocher un sésame en 2006, lors du réexamen des concessions.

Alain Felley, à la suite de l'affaire, avait abandonné ses mandats politiques – député PDC au Grand Conseil, il faisait partie des papables pour le Conseil d'Etat – et avait même dû se trouver un autre terrain pour ses affaires, prenant la tête «d'un petit groupe hôtelier» à Chamonix.

Dédommagement exigé

Blanchi, puisque le juge Greter conclut qu'aucun des actes mis en cause ne «remplit les éléments d'une escroquerie», Alain Felley s'estime pourtant floué, le jugement ne lui octroyant aucun dédommagement: «L'action judiciaire pénale à mon encontre a eu des conséquences économiques, personnelles et familiales extrêmement graves qui ont duré plus de six ans. Ma réputation a été anéantie dans cette affaire.»

L'ancien avocat affirme n'avoir pas bénéficié de la présomption d'innocence et chiffre aujourd'hui le préjudice qu'il aurait subi «à plusieurs millions». Il menace ainsi d'attaquer l'Etat du Valais en responsabilité civile et de réclamer le remboursement de ses frais de défense, qu'il estime à «150 000 francs». Dans la foulée, Alain Felley s'insurge aussi contre «les phrases malveillantes» du juge Greter, signalant dans son arrêt que les prévenus auraient «violé plusieurs normes de comportement de l'ordre juridique civil».

Huit millions dans la poche

Jean-Pierre Greter confirme que ce sont ces violations qui l'ont conduit à ne pas octroyer de dépens aux prévenus. Mais sans préciser de quelles violations il s'agit. On peut imaginer que cela concerne l'attitude d'Alain Felley et Pierre-Olivier Haller envers les autres actionnaires. Avec seulement 48% d'actions et grâce à un système qui les voyait encaisser la différence entre le prix de location des machines payé au fabriquant et celui facturé à la société du casino, ils ont engrangé trente fois plus de profit que l'actionnariat public pourtant majoritaire, soit pour la période 1996-97 environ 8 millions de francs.