Jamais en France un casino n'avait obtenu l'autorisation d'exploiter des machines à sous aussi rapidement. Ouvert le 13 septembre 2002, l'établissement de jeux de Saint-Julien-en-Genevois, situé à quelques centaines de mètres du canton de Genève, a inauguré hier ses cinquante premiers bandits manchots. Ils engloutissent et déversent déjà leurs pièces depuis une semaine. L'autorisation est tombée au début du mois de juin, alors que jusqu'à présent le Ministère français de l'Intérieur avait toujours imposé aux casinos un délai d'au moins une année entre l'ouverture des salles de jeux de table traditionnels et celle des machines à sous.

Concurrence sans merci

Mais la situation de Saint-Julien est différente. L'établissement évolue dans une région où la concurrence promet d'être sans merci. Avec l'ouverture prochaine, le 15 juillet à Meyrin, du Casino du Lac, exploité par le groupe Partouche, la chasse aux joueurs s'annonce rude. Il était fondamental pour le groupe Didot-Bottin, qui possède le casino de Haute-Savoie à travers la Société financière du domaine de Divonne, d'obtenir ces jackpots, qui génèrent la principale source de revenus des établissements de jeu, afin de fidéliser sa clientèle.

Pour justifier l'octroi rapide de machines à sous, le casino de Saint-Julien a clairement indiqué, dans le dossier remis au ministère, que «le marché visé est le marché suisse. Et plus particulièrement celui de Genève centre.» Et qu'il «serait plus que regrettable de ne pas profiter du retard de l'implantation du casino de Meyrin». Prévue pour fin 2002, l'ouverture de la maison de jeu genevoise avait dans un premier temps été repoussée en avril 2003. Les casinotiers avaient précisé que si le feu vert leur était donné à la fin du premier trimestre, ils ne souffriraient pas trop de l'ouverture du casino de Meyrin. Nicolas Sarkozy a entendu leurs prières.

Maintenant qu'il peut exploiter ses machines à sous, le PDG du casino de Saint-Julien-en-Genevois cherche à relativiser la concurrence que provoquera l'ouverture d'un établissement de jeu à Genève: «Meyrin est de l'autre côté du canton, nous aurons des bassins de clientèle différents», affirme Régis Descamps. Il estime même que la présence de plusieurs casinos sur un si petit territoire ne peut que renforcer l'attractivité des jeux d'argent pour de nouveaux joueurs.

Pour l'instant, le bassin genevois a représenté une aubaine pour les casinotiers. Divonne réalise le deuxième chiffre d'affaires le plus élevé des 156 établissements français, tandis que les bandits manchots d'Annemasse offrent la meilleure rentabilité de France, engloutissant chacun plus de 1000 francs par jour dans leurs coffres. Ces deux casinos, qui appartiennent aussi à Didot-Bottin, obtiendront-ils les mêmes résultats avec 200 machines à sous – dont 150 à Meyrin – supplémentaires dans le Genevois?