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A défaut de véritables Fêtes de Genève, touristes et habitants peuvent profiter de l’Escale, manifestation estivale organisée par la ville.
© Thierry Parel pour Le Temps

Genève

Le casse-tête des étés genevois

Si la saison estivale est sauvée, plusieurs dossiers sont en rade. Après l’abandon des traditionnelles Fêtes de Genève, leur avenir n’est pas encore écrit. La direction de Genève Tourisme & Congrès se cherche un directeur, une trentaine de candidats ont postulé

L’été s’est installé, et Genève avance à pas mesurés sur les dossiers chauds toujours en rade. Genève Tourisme & Congrès se cherche un nouveau directeur; l’avenir des Fêtes de Genève se lit au mieux dans le marc de café; et le canton planche sur la suite à donner aux états généraux du tourisme de mai dernier.

Mosaïque d’animations

Cet été néanmoins, on sauve les meubles. Après le fiasco des Fêtes de Genève, leur colossal déficit et leur abandon provisoire, le canton a réussi à sauver in extremis son légendaire feu d’artifice, qui sera tiré le 11 août. La Ville a aussi lâché un peu d’espace public pour quelques manèges, sans parvenir toutefois à s’épargner un énième conflit avec les forains, coutumiers des empoignades et bien décidés à obtenir davantage. L’exigence d’exhaustivité amène aussi à mentionner l’existence de la Grande Roue et du «village suisse», vestige des anciennes Fêtes. Enfin l’Escale, manifestation estivale organisée par la ville du bout du lac, vient au secours de ce décor minimaliste. Sur les quais, les touristes – du Golfe et d’Asie – semblent ravis par ce sympathique bricolage.

Lire aussi: Genève veut redresser la barre d’un tourisme à la dérive

Cette mosaïque d’animations ne saurait faire oublier que les Fêtes de Genève sont en sursis et que le canton ne tient pas encore la solution définitive. Depuis les états généraux du tourisme, il est clairement apparu que la Fondation Genève Tourisme & Congrès ne piloterait plus ces Fêtes. Conformément à la loi sur le tourisme, elle cesse de jouer les agences d’événementiel pour s’en tenir à la promotion. La patate chaude a donc été transmise à la ville. «A moins que la ville ne se soit sentie appelée, pour ménager la partie de son électorat favorable aux Fêtes», glisse une source.

Des fêtes qui ne disent pas leur nom

Mais le conseiller administratif PDC Guillaume Barazzone renvoie tout le monde dos à dos: «Il faut que Genève Tourisme et le canton définissent au préalable à qui s’adressent ces Fêtes pour qu’on sache à quoi s’en tenir.» Longtemps, elles ont servi d’attraction pour une clientèle moyen-orientale. Désormais, cette période de l’année enregistre moins de 2% des nuitées annuelles sur les plus de 3 millions les mois restants. Une chose est sûre: la ville n’entend ni organiser ni financer cette manifestation, son rôle se bornant à mettre à disposition l’espace public – jamais la ville ni le canton n’ont déboursé un franc de leur budget de fonctionnement pour cette manifestation. Pourtant, entre les scènes musicales, le «Biergarten», la tour bibliothèque de l’Escale et les quelques manèges, on dirait bien que la ville s’est débrouillée pour organiser un genre de fêtes qui ne disent pas leur nom. Genève pourrait à l’avenir s’en contenter. Ou alors, il faudrait que des privés ou un organisme extérieur s’emparent du dossier.

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C’est le souhait de Bernard Cazaban, ancien porte-parole de Genève Tourisme, qui a concocté un projet baptisé «Genève en fête». Un concept qui s’articule autour de la musique, des arts vivants, des loisirs forains, de la gastronomie et de la paix. Avec pour objectifs d’animer les quartiers et les communes pendant une dizaine de jours, de soutenir les commerces et le tourisme estival et de renforcer le rayonnement international de la cité. Son concept a obtenu l’adhésion de plusieurs acteurs importants. Mais pour l’heure, il attend: «Il n’y a toujours pas, du côté des autorités, de volonté affichée de trouver un organisateur pour les Fêtes. Peut-être y aura-t-il un appel d’offres public?» Même incertitude à Genève Tourisme: «L’organisation reviendra-t-elle à la ville ou à une société privée? Pour le moment, on ne sait pas», répond sa porte-parole, Lucie Gerber. Domine l’impression que les Fêtes sont une épine dans le pied de ceux à qui elles échoient. Le paradoxe, c’est qu’une initiative populaire, née du désir de certains riverains de raccourcir les Fêtes, a confirmé la volonté de maintenir la manifestation sur onze jours. A avoir voulu les supprimer, voilà l’obligation de les organiser.

Composante d’une stratégie globale

Pendant ce temps, la succession de Philippe Vignon, ancien directeur de Genève Tourisme débarqué ce printemps, est ouverte. Une trentaine de dossiers seraient parvenus au recruteur externe, selon une source. Certaines candidatures viendraient de Suisse alémanique ou d’ailleurs. Un atout ou un handicap, c’est selon: à connaître les dessous de la politique genevoise, on s’expose à se prendre les pieds dans le tapis; à les méconnaître, on prend le risque de braquer et de tout faire capoter. La fondation Genève Tourisme cherche aussi un remplaçant à un membre démissionnaire issu de Genève Place financière.

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Si les états généraux du tourisme ont eu le mérite de mettre la lumière sur les problèmes, on attend désormais des résultats. Renaud Vuignier, chargé de recherche à l’Institut de hautes études en administration publique (IDHEAP) à Lausanne et auteur d’une thèse sur le marketing territorial, estime que le succès ne sera atteint que lorsqu’on aura décloisonné les domaines du tourisme, des affaires, de la culture, de l’innovation, des droits de l’homme. «Concrètement, le voyageur d’affaires doit connaître l’offre culturelle. Le touriste doit se voir proposer aussi le Musée olympique à Lausanne.»

C’est exactement ce que Genève Tourisme compte faire, en proposant par exemple des visites en Gruyères, à Chamonix ou au Musée Chaplin. Pour le chercheur, les Fêtes de Genève doivent être une composante de la stratégie globale, comme le Salon du livre ou de l’auto. Et il s’agit de penser aussi à englober le Grand Genève et le canton de Vaud, ce que les états généraux du tourisme avaient déjà évoqué. Dans la réalité opérationnelle, cela se traduirait par cesser de diluer les responsabilités: «Amsterdam, qui connaissait un problème majeur d’image, s’est doté d’une nouvelle structure d’un genre para-étatique qui prend sous son ombrelle le tourisme, la promotion économique et les résidents, explique Renaud Vuignier. Genève aussi devrait vendre trois silos de la même manière.»

L’été genevois ne ressemble pas, tant s’en faut, au bateau de la méduse qui obligerait à réagir. Peut-être l’automne sera-t-il propice à élaborer de futures promesses. A moins que l’exception actuelle ne devienne la règle.

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