Synonyme de stress pour les étudiants, la session d’examens s’annonce particulièrement tendue cette année, coronavirus oblige. Alors que les universités suisses ont décidé de maintenir les évaluations, les critiques estudiantines pleuvent. Certains demandent l’annulation pure et simple des tests, compte tenu des circonstances extraordinaires, d’autres l’octroi systématique des crédits, d’autres encore s’insurgent contre les outils informatiques utilisés. Comme à l’Université de Genève (Unige), où le logiciel préconisé par la Geneva School of Economics and Management (GSEM), jugé intrusif, fait polémique. Après réflexion, le rectorat a décidé de restreindre ses modalités d'utilisation, sans toutefois l'interdire.

Organiser des milliers d’examens à distance en garantissant l’égalité de traitement et en limitant les risques de triche: le défi relève du casse-tête logistique pour l’Université de Genève qui a malgré tout décidé de maintenir la session de printemps. «L’enjeu étant de permettre au plus grand nombre d’étudiants de valider leur semestre», souligne le porte-parole Marco Cattaneo, qui précise que les échecs ne seront pas comptabilisés. Pas suffisant pour la faîtière étudiante CUAE, qui a mené une action vendredi matin pour demander l'annulation des examens et la validation systématique des enseignements suivis durant l’année académique. Exclu, pour le rectorat, qui entend «préserver la valeur des crédits accordés et, partant, celle des titres et diplômes décernés».

Logiciel controversé

Si le rectorat a esquissé les grandes lignes de la session, les facultés sont libres de définir les modalités d’évaluation, qui ont toutes été communiquées aux étudiants. «De nombreuses formes d’examens ont été retenues, adaptées aux circonstances particulières, détaille Marco Cattaneo. Oraux sur Zoom, et QCM, travaux à rendre ou encore examens en open book.» TestWe, le logiciel sélectionné par la GSEM, pose néanmoins problème aux yeux de Benjamin Aebi, étudiant en relations internationales, qui suit également des cours à la GSEM.

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«Je ne conteste pas la tenue des examens, mais le caractère intrusif de ce logiciel, conçu à l’étranger, qui demande aux étudiants de se prendre régulièrement en photo durant l’examen pour vérifier la présence», déplore Benjamin Aebi qui critique une «dérive sécuritaire» qui «viole la sphère privée». Dans une lettre adressée au rectorat, quelque 360 étudiants ont demandé à celui-ci de réagir. 

C'est désormais chose faite. «Suite à l’avis défavorable du préposé cantonal à la protection des données et à la transparence, l’Unige a décidé de modifier en profondeur les modalités d’utilisation pour répondre aux préoccupations exprimées», annonce Marco Cattaneo. Les fonctions de blocage des raccourcis clavier, de l’accès au navigateur et au disque dur offertes par TestWe, ne seront pas utilisées. «Par ailleurs, seul un nombre limité de photos sera pris de façon aléatoire, quelques dizaines seulement contre plusieurs milliers dans la version actuelle», précise le porte-parole. De quoi lever en partie les craintes des étudiants. «Je note toutefois que la faculté de GSEM conserve un logiciel d'évaluation différent des autres sans raisons évidentes», déplore Benjamin Aebi.   

Etudiants précarisés

Alors que la session d'examens approche, les enseignants ont en réalité déjà dû s’adapter aux contraintes liées à l’épidémie. Professeur de sciences politiques, Pascal Sciarini enregistre ses cours et les diffuse en ligne depuis la fermeture des amphithéâtres. A la fin de l’année, ses quelque 210 étudiants passeront l’examen annoncé, quoique légèrement raccourci avec une partie QCM et des questions à réponses courtes. «Je vais utiliser Zoom avec le mode test, détaille-t-il. Pour les étudiants, la contrainte reste d’avoir du matériel informatique qui fonctionne et une bonne connexion internet. L’université a offert d’équiper ceux qui étaient dans le besoin. J’espère que cela suffira.»

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Avant de se présenter à l’examen, encore faut-il être prêt. Précarisés, touchés par la maladie ou encore réquisitionnés par l’armée ou la protection civile, les étudiants ne seraient pas tous en état d’affronter la session, selon Hugo Clémence, président de l’Association neuchâteloise des étudiants en lettres et sciences humaines. «Pour certains, la charge psychologique de la crise rend l’apprentissage tout simplement impossible, déplore l’étudiant en histoire et histoire de l’art. Ces difficultés doivent être prises en compte.» Comme à Genève, le syndicat demande la validation automatique des crédits. Au risque de dévaluer les diplômes? «On parle d’une session extraordinaire, de quelques notes uniquement, relativise Hugo Clémence. Cela donnerait à ceux qui en ont besoin la possibilité de souffler. Rien n’empêche ensuite ceux qui le souhaitent de repasser l’examen pour obtenir une meilleure note.»

Echecs comptabilisés à l’EPFL

Si la plupart des universités ont décidé de ne pas tenir compte des résultats en cas d’échec, ce n’est pas le cas de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). Une pression supplémentaire pour Michael, étudiant en deuxième année en systèmes de communication, qui risque l’échec définitif dans l’un des cours. Depuis un mois et demi, il s’accroche pour suivre la cadence. «Effectuer les séances d’exercices à distance s’avère très compliqué, déplore-t-il. Malgré tous mes efforts, j’ai pris du retard dans le programme, ça m’angoisse.» Le jeune homme hésite encore à se présenter à la session d’août. Dans le cas contraire, il devra attendre l’année prochaine. Son dernier espoir: l’association d’étudiants de l’EFPL, qui a demandé au rectorat de ne pas comptabiliser les examens ratés et attend toujours une réponse.