Le saccage du bar Elvis et moi, samedi soir, par un groupe d'extrême gauche, va coûter cher à la tenancière, qui a eu la peur de sa vie, et a assommé la ville de Fribourg. Le préfet de la Sarine, entré en fonction au mois de septembre, Carl-Alex Ridoré, condamne les actes commis. «Intolérables», quelles que soient les motivations. «Fribourg ne se transformera pas en terrain de bataille», assure-t-il.

Dans le canton, une manifestation d'une telle violence liée à des factions extrémistes était encore inconnue, note le juge d'instruction chargé de l'enquête. Marc Bugnon évoque le 1er mai de cette année perturbé par le défilé des militants du Parti des nationalistes suisses (PNOS). Mais il ne se souvient guère d'autres événements du genre. «Il n'existe pas une scène extrémiste à Fribourg, ni de gauche ni de droite», croit-il. Voilà pourquoi, en raison aussi du suisse alémanique parlé par les casseurs, il a la forte impression qu'ils viennent d'ailleurs; de Berne, voire de Zurich. Epaulés pour l'occasion par quelques Fribourgeois, suggèrent d'autres observateurs.

Deux jours après les faits, les investigateurs privilégient toujours le règlement de comptes. Les antécédents entre les assaillants, toujours sans identité, et leur cible le laissent penser, indique Marc Bugnon. L'enquête compte beaucoup sur les analyses ADN des cagoules et des autres accessoires abandonnés en route par les agresseurs, souligne le juge d'instruction. Qui n'en dit pas plus. Officiellement c'est la condamnation de la violence et la recherche de ses auteurs qui priment sur l'interprétation politique. Même s'il est difficile de négliger le terreau idéologique des événements.

Victime d'extrême droite?

Et pour cause. Le «Fribourg Antifaschistische Aktion», qui a revendiqué l'assaut, affirme mener une lutte sans quartier contre les néonazis. Soleil Noir, l'association à l'origine du concert qui devait avoir lieu à l'Elvis et moi, a été attaquée, selon le texte diffusé par le groupe, car elle appartiendrait aux mouvances d'extrême droite, tout autant que les musiciens italiens de Camerata Mediolanense, invités à se produire à Fribourg.

Soleil Noir conteste, toutefois, ces accusations. L'association se dit «apolitique». Elle n'a jamais eu de problèmes jusqu'à samedi passé, indique Marc Bugnon. Son goût pour des codes et des symboles qui renvoient au totalitarisme ne serait qu'esthétique, jure son fondateur. Pas d'appel à la violence, donc. Il s'étonne enfin, dans La Liberté, que l'on s'en prenne aux victimes. Alors qu'on traite avec trop de bienveillance les agresseurs, déplore-t-il encore.