La chasse au castor est-elle (ré-)ouverte? C’est ce que craignent les associations de protection de l’environnement. En effet, le Conseil Fédéral a adopté la révision de l’Ordonnance sur la chasse le 27 juin dernier. Le texte définit de nouvelles mesures pour la régulation des populations de loups, lynx et castors.

Désormais, les cantons auront la compétence, avec l’autorisation de la Confédération, de «réguler les effectifs de ces espèces protégées lorsqu’elles menacent fortement les infrastructures, causent des dommages importants au bétail ou réduisent exagérément les effectifs de gibier.» expose l’ Office Fédéral de l’Environnement (OFEV) dans un communiqué. Par exemple, en février dernier, des galeries creusées par un de ces rongeurs ont causé un risque d’éboulement d’une route cantonale à Kleinandelfingen dans le canton de Zürich. Les coûts d’assainissement se montent à 22’000 francs qui devront être déboursés par la commune. De quoi provoquer la grogne des habitants.

Pour Christof Angst, à la tête du Service Conseil Castor, les mesures prévues dans l’Ordonnance ne résoudront pas les problèmes posés par les rongeurs. «Ce texte n’est en tout cas pas une solution sur le long terme. Toutefois, cela peut donner plus de temps aux administrations pour trouver une solution durable, explique-t-il. Au moins, il y a une base légale maintenant. Cela facilitera les discussions en cas de conflit.»

Pratiquement exterminé il y a 150 ans par les hommes qui l’ont chassé pour sa fourrure et sa viande, le rongeur a été réintroduit en Suisse il y a 50 ans. Aujourd’hui, il s’est bien implanté sur l’ensemble du territoire. La Confédération recensait approximativement 1’600 individus en 2008. Actuellement, les castors seraient entre 1’800 et 2’000 selon les dernières estimations.

«Le problème est que les castors manquent d’habitats de bonne qualité le long des rivières suisses, explique Reinhard Schnidrig, chef de la section Chasse, pêche et biodiversité en forêt à l’OFEV. En réalité, les zones agricoles ou urbaines sont trop près des cours d’eaux et par conséquent les castors causent des dégâts.»

D’abord les hommes

Du côté des défenseurs des animaux, les réactions à la révision de l’Ordonnance sont plutôt négatives. «Ce genre de mesures donne la priorité aux hommes, et non plus la nature, se désole Nicola Wüthrich, porteparole de Pro Natura. Les castors sont ce qu’on appelle des «espèces parapluies», c’est-à-dire qu’ils amènent des centaines d’autres êtres vivants dans leur biotope.» La diminution de la population mettrait en danger les espèces qui partagent l’habitat des castors.

Le WWF, quant à lui, se dit déçu de la révision du texte. «Les définitions qui s’y trouvent sont trop imprécises, s’insurge Pierette Rey, porte-parole pour la Suisse romande. Nous ne voyons pas comment la Confédération va évaluer concrètement les dommages mentionnés dans le texte.»

Cependant, l’Ordonnance ne sonne pas le glas du rongeur. «Tout dépendra de la manière dont le texte sera appliqué, relativise Nicola Wüthrich. Mais une mise en oeuvre abusive pourra mener à un recul de la biodiversité.» Reinhard Schnidrig temporise : «Il ne s’agit pas de relancer la chasse au castor. Ils restent un espèce protégée.»

D’avantage d’espace aux cours d’eau

Le problème est ailleurs pour les associations de protection de l’environnement: «Ce sont les hommes qui doivent laisser plus de place aux castors, et aux rivières en général, martèle Nicola Wüthrich. «Il faut commencer par donner plus d’espace aux cours d’eaux. Ensuite on pourra parler de régulation de la population.» renchérit Pierette Rey.

C’est également l’avis de Sébastien Bardet, forestier et responsable régional de Beaverwatch, association pour le suivi des castors. «Il faudrait créer des zones naturelles favorables à l’installation de castors, loin des routes et des zones agricoles, explique le forestier. S’ils sont situés au bon endroit, ils ne posent pas de problèmes.»