Il pleut dans la cathédrale de Lausanne et la sécurité des promeneurs au pied du bâtiment n’est plus garantie. Des filets de protection ont été placés à l’extrémité des toitures du chevet et du transept pour empêcher des tuiles de tomber. La chute d’un fragment de contrefort soutenant le déambulatoire a par ailleurs imposé la fermeture du passage public à l’est du monument. Pour faire face à cette situation, le Conseil d’Etat vaudois demande un crédit de 3 millions de francs pour assurer l’étanchéité des toitures. Les députés se prononceront en mars et les travaux pourront commencer en avril pour s’étendre sur environ dix-huit mois.

Pour justifier sa demande de crédit, l’exécutif cantonal fait valoir que cette opération d’urgence est «la conséquence directe du manque de moyens accordés à l’entretien lourd du parc immobilier ces dernières années». La cathédrale de Lausanne, à laquelle le canton de Vaud a donné depuis 1803 une vocation civique et politique, passe pourtant pour le monument le plus choyé du canton. De très importants moyens y ont été consacrés depuis 1970. Visiblement, cela n’empêche pas des situations d’urgence de se présenter, bien que l’«exposé des motifs» gouvernemental ne permette pas de comprendre plus précisément l’ordre de priorité qui a été donné aux interventions.

Les travaux de la dernière grande campagne de restauration se sont achevés en septembre 2009. Ils s’étaient étalés sur huit ans, avec une interruption de douze mois pour permettre l’installation du nouvel orgue. Un crédit de près de 13 millions de francs avait été voté en octobre 2000 pour la conservation des façades de la nef et la fermeture du portail peint.

Mais la prochaine étape majeure devrait commencer en 2015 déjà. Elle portera sur la conservation et la restauration de la pierre au massif occidental et au chevet et devrait coûter 20 millions de francs environ. C’est pour la préparer que le gouvernement cantonal, outre le crédit d’urgence demandé il y a quelques jours, a accordé dans le même temps un crédit d’étude de 390’000 francs. Cette grande opération permettra de clore le cycle «presque complet» de restauration mené depuis 1970, pour la première fois dans l’histoire du bâtiment.

Le Conseil d’Etat précise qu’il entend assurer à l’avenir une maintenance régulière et une conservation préventive, qui devraient permettre aux générations à venir d’éviter des interventions trop lourdes. Tout en avertissant, dans son message, que la cathédrale de Lausanne ne peut être qu’un «chantier permanent. Ce monument de molasse, si sensible aux intempéries, semble avoir subi ses premières rénovations au XIIIe siècle, avant même sa consécration par le pape Grégoire X. Les archives témoignent d’une importante campagne au milieu du XVIIIe siècle. Mais c’est l’intervention de Viollet-le-Duc qui a donné au chef-d’œuvre gothique son aspect actuel. Le célèbre architecte français avait été appelé au secours en 1872 pour sauver la cathédrale de sa dangereuse instabilité. Depuis lors, le goût pour ses interventions néogothiques a connu des hauts et des bas. Considérées comme ayant été abusivement traitées, certaines parties ont été «dérestaurées.» Mais en 1995 l’ardoise a été remise à l’honneur sur la flèche, plutôt que la tuile d’origine, en hommage à l’architecte mort à Lausanne en 1879.