Dans la campagne qui s'ouvre, elle entend apporter «de l'émotionnel et de l'affectif». Candidate au Conseil d'Etat neuchâtelois en avril prochain, la députée radicale Catherine Schallenberger, 42 ans, use d'un discours qui tranche avec la rigueur prônée par ses colistiers du ticket bourgeois. Son credo: un radicalisme centriste et social qu'elle a déjà défendu lors des dernières élections fédérales. «Je vote oui pour les crèches et non contre les hausses d'impôts, raconte cette mère de trois enfants longiligne et élégante. Cela ne me pose aucun problème. Mais c'est parfois difficile à faire passer en termes de communication.»

Son profil la rapproche tout naturellement du ministre radical sortant Thierry Béguin. «Il y a quelques similitudes, c'est vrai, reconnaît-elle. Au sein du parti, certains m'accusent d'ailleurs de «Béguinisme…» Pour cette juriste de formation, actuelle secrétaire générale à l'Organisme d'autorégulation des avocats et des notaires en matière de lutte contre le blanchiment d'argent, l'étiquette ne colle pas avec la réalité. Elle reconnaît «son admiration et son affection» pour un ministre «brillant et plein de charisme», capable «de retourner une salle» en quelques mots bien sentis. Mais elle ne veut pas entendre parler de filiation. «J'ai déjà un père, cela va très bien comme cela.»

Pour ne pas être associée à celui que certains libéraux appellent «le Prince rouge», l'ancienne responsable des finances de la commune de Cressier souligne son intransigeance sur certains dossiers: et de rappeler dans la foulée son refus d'octroyer un rattrapage salarial de 4% échelonné sur trois ans aux fonctionnaires et son soutien aux projets de fermeture de l'antenne du Val-de-Travers du Lycée Denis-de-Rougemont, et des centres d'orthophonie des trois villes du canton. «S'ils se plaisent à donner des leçons, plusieurs députés libéraux ont voté le contraire», note-t-elle un sourire en coin.

Soucieuse de cultiver son image de femme de droite, Catherine Schallenberger tient également à revendiquer sa différence. Elle insiste ainsi sur le fait qu'elle est la seule candidate du ticket bourgeois qui refusera, le cas échéant, de figurer au second tour sur une liste commune avec l'UDC. En accord avec leur parti, les candidats libéraux Sylvie Perrinjaquet (sortante), Charles Häsler et Christian Blandenier acceptent le principe «afin de sauver la majorité de droite au gouvernement». Second candidat radical, Roland Debély fait la même analyse, même si le PRD ne tranchera que le 11 avril, au lendemain du premier tour.

«Déçue» d'être la seule à refuser cette perspective, Catherine Schallenberger n'a rien contre les candidats UDC. Mais elle repousse l'idéologie d'un parti qui attaque des valeurs qui lui sont chères, comme la politique familiale ou l'intégration des étrangers. «Sans parler du reste, les affiches, la manipulation des chiffres…»

Autre particularité de la députée radicale: elle ne se profile pas comme la championne de la baisse des impôts et du slogan «Neuchâtel enfer fiscal». Elle préfère militer pour un rééquilibrage de la fiscalité cantonale. «Je travaille à 60%, mon mari à 100%. Si j'arrêtais de travailler, nous n'y perdrions pas beaucoup en termes de pouvoir d'achat. Ce n'est pas normal. La pression que subissent les familles est beaucoup trop forte.»

Ces options valent à Catherine Schallenberger quelques inimitiés au sein de son propre camp. Un handicap dont le PRD se serait bien passé: avec deux candidats peu connus du grand public et une identité en crise depuis la défaite des élections fédérales de 2003, il semble bien mal armé pour conserver son siège au gouvernement. «Il y a quatre ans, le parti tout entier s'identifiait à Thierry Béguin. Ce n'est le cas ni avec Roland Debély ni avec moi. Il ne faut pas se voiler la face: la possibilité existe que le Parti radical neuchâtelois n'ait pas encore touché le fond.»

Ayant de son propre aveu «tout à gagner de la campagne», la candidate radicale ne craint pas de rester sur le carreau: «Ma seule inquiétude a trait à une éventuelle cohabitation. Je suis intimement persuadée que le Grand Conseil restera ancré à droite. Si la gauche l'emporte au Conseil d'Etat, le canton fera du surplace pendant quatre ans.»

Plutôt que de spéculer, la volubile Genevoise émigrée à Neuchâtel à la fin des années 80 souhaite avancer «dans le voyage longue distance» que constitue son engagement politique. En profitant, pour commencer, de la tribune qui lui est offerte pour se faire connaître. «Je me suis lancée dans l'aventure parce que les ténors du parti ont préféré s'abstenir. S'ils avaient désiré y aller, je ne serais certainement pas là pour discuter avec vous. Vous savez, il est encore bien difficile pour une femme radicale de postuler à un poste dans un exécutif…»