Cécile B. se trouvait bien dans un état de profond désarroi la nuit où elle s’est rendue chez Edouard Stern. Elle était aussi en proie à une émotion violente lorsqu’elle a tiré quatre balles sur le banquier. Les jurés de la Cour d’assises ont toutefois estimé que l’accusée était en partie responsable de cette situation et écarté le meurtre passionnel. Reconnue coupable de meurtre, sans circonstance atténuante mais mis au bénéfice d’une responsabilité légèrement restreinte, Cécile B. sera fixée jeudi sur sa peine.

Le verdict souligne qu’Edouard Stern s’est bien montré humiliant, harcelant et même cruel avec sa maîtresse. L’alternance entre amour et mépris ont déstabilisé cette dernière et créé chez elle un état de dépression et de confusion. Le jury admet encore qu’en entendant la phrase «gâchette» («Un million, c’est cher payé pour une pute»), Cécile B. a soudainement réalisé que leur histoire était terminée. Cela a fait naître chez elle un brutal sentiment de haine.

Pour que ces deux états conduisent à retenir un meurtre passionnel, encore faut-il que les circonstances les aient rendus excusables. Sur ce terrain, le jury n’a pas suivi la défense en estimant que Cécile B. n’a rien fait pour sortir de son désarroi. Elle n’a pas écouté les conseils de ses amis, ne s’est pas rendue chez un psychiatre et n’a pas dénoncé aux autorités le harcèlement dont elle a fait l’objet. Au contraire, elle a toujours cédé aux avances de son amant qu’elle aimait car elle voulait que leur liaison se poursuive.

De même, le jury a estimé que l’accusée était au moins en partie responsable de l’émotion ressentie avant de tirer. Cette nuit-là, Edouard Stern avait donné d’autres signes de sa volonté de rompre. Au lieu d’en prendre acte, elle s’est réfugiée dans le déni et l’a amené à prononcer la phrase fatale. Le jury n’a pas eu de doute sur les intentions de Cécile B. A ses yeux, elle n’était pas intéressée par la fortune de son amant mais voulait l’épouser et avoir une certaine égalité. Pour des raisons qui restent peu claires, elle a décidé de ne pas restituer ce million, provoquant ainsi la manœuvre de blocage qui a envenimé leur relation.

En substance, le jury a estimé que la situation de Cécile B. n’était pas aussi tragique et qu’elle avait d’autres solutions que celle d’abattre son amant. Le verdict relève encore sa détermination au moment de tirer, sa fuite à l’étranger, ses mensonges éhontés. Autant de signes d’un comportement cynique et réfléchi qui collent mal avec celui d’une femme qui vient d’être submergée par des émotions excusables.