«Le vrai visage de Cécile B.» à la «une» de L’Illustré. «Nos révélations sur Cécile B.» à celle de L’Hebdo. Les deux magazines romands de Ringier sont en concurrence directe cette semaine dans le registre du people judiciaire, concernant le cas douloureux de la maîtresse du banquier Stern, soupçonnée de crime d’amour et jugée dès mercredi prochain.

Cécile B., donc. «Femme fragile ou Mata Hari diabolique?» questionne L’Illustré: «Le 28 février 2005, elle abattait de quatre balles son amant, le banquier Edouard Stern. Deux semaines plus tard, le 15 mars, elle est arrêtée. Face à l’objectif de l’identité judiciaire, sa détresse paraît insondable. Le 10 juin prochain, à Genève, c’est ses juges qu’elle affrontera. Mais qui est donc celle qui fut surnommée la «pute poétesse», comme la qualifiait l’écrivain Philippe Sollers? Deux photos, terrifiantes, illustrent ces six pages: «Cécile B., les yeux rougis, encore sous l’emprise de l’émotion de ses aveux» à propos du «Mozart de la haute finance, retrouvé mort le 1er mars 2005, enserré de la tête aux pieds dans une tenue en latex».

Un procès romanesque en diable est attendu à Genève. Dossier d’instruction N° P3764. Avec, «au centre de l’échiquier, deux protagonistes, deux destins tragiques: Edouard Stern, héritier et ex-enfant terrible de la banque Lazard, une des plus grosses fortunes de France, ami de Nicolas Sarkozy, de ministres et de people. En face, Cécile B., petite Française moyenne, sortie du néant et cabossée par la vie, souvent présentée comme une escort girl de haut vol, boulimique d’amants de passage et d’étreintes charnelles.» En témoignent, enchaîne L’Illustré, «certains des 700 messages laissés par Stern sur le répondeur de sa maîtresse. Extraits choisis: «Tu aurais fait partie des salopes dans un camp de concentration»; «Tu es une merde, je vomis sur toi, tu n’existes pas. Je t’emmerde et je vais te faire du mal»…»

Suit le récit minutieux, digne d’un vrai polar, de la journée d’enfer du 28 février, et «la fuite éperdue. A la gare de Montreux, Cécile monte dans un régional au lieu du direct pour Milan, à venir sur la même voie trois minutes plus tard. Elle se retrouve au terminus à Villeneuve, appelle un taxi et fonce avec lui dans la nuit vers l’aéroport de Milan. Au petit matin, Cécile s’envole vers l’Australie, où elle passera une nuit à l’hôtel Formule 1, près de l’aéroport de Sydney, avant de rentrer le lendemain.»

Aujourd’hui, dans sa cellule, elle croit encore «vivre avec Edouard Stern», cette «meurtrière qui fascine les hommes», titre pour sa part Le Matin bleu, qui livre aussi le cocktail explosif de cette affaire: «Du sexe, du fric et du sang. La trilogie fonctionne depuis la nuit des temps». Et un témoin anonyme d’indiquer qu’«en prison, elle a réclamé un matelas pour Edouard. Elle parle avec son nounours en croyant que c’est Doudou. Elle vit avec lui, lui écrit.» Elle écrit beaucoup, «décorant ses lettres de petits anges et signant «Cecilou». Manipulatrice?»

Six pages aussi dans L’Hebdo, qui font le portrait croisé de ces deux amants que tout opposait. Lui, «classé 38e fortune de l’Hexagone, brasse des millions, passe beaucoup de temps dans son avion privé et contrôle moult sociétés. Il fréquente aussi bien Nicolas Sarkozy que Laurent Fabius, tutoie les PDG les plus importants, comme Lindsay Owen-Jones de L’Oréal.» Et elle, enfance désastreuse et abusée, qui «peint et sculpte. Elle est passionnée d’art et de littérature». Le magazine a interrogé son ancien amant, l’écrivain et philosophe Pascal Bruckner, qui «se souvient bien de celle qu’il a rencontrée, en 1995, dans un avion qui l’emmenait en Grèce. «C’était une belle blonde opulente à l’époque. Elle avait de belles rondeurs et n’était pas habillée en «pétasse», mais très correctement.»

Romanesque, mais pas forcément poétique, cette affaire où l’argent compte beaucoup, jusqu’à son noir épilogue: «Elle se rendra chez lui avec son attirail sadomasochiste. […] Ils commencent leurs ébats sexuels. Lui est assis sur une chaise à califourchon, les mains attachées. Elle enfile son collant fendu. L’homme, passionné d’armes, en a cinq chez lui. A un moment, il lui aurait dit: «Un million, c’est cher payé pour une pute!» Vérité, affabulation de Cécile? Folle de rage, elle va chercher un pistolet et lui tire une balle entre les deux yeux. L’homme a la force de se lever et de faire quelques pas. Elle le suit et lui tire encore deux balles dans le corps, il s’effondre sur le côté. Elle l’achève d’une balle dans la tempe.»

Au procès, relève enfin L’Hebdo, deux amis vont se faire face: «Marc Bonnant (64 ans), un des avocats de la famille Stern, et Pascal Maurer (58 ans), qui assure la défense de Cécile B. avec Alex Reymond, s’affronteront sous les feux des médias. Marc Bonnant est l’un des plus brillants orateurs de la République. Il a défendu Nessim Gaon, Licio Gelli et représentait la famille d’Edmond Safra. Pascal Maurer, lui, a été un des défenseurs de Sergueï Mikhaïlov. La défense plaidera le meurtre passionnel (peine maximale: dix ans). Elle s’efforcera de démontrer le caractère cynique du banquier, son mépris et sa façon de manipuler sa maîtresse pour la pousser à bout. Marc Bonnant plaidera, lui, le meurtre (peine maximale: vingt ans). Il s’efforcera de montrer le caractère manipulateur de Cécile ainsi que sa parfaite maîtrise des événements. Les pronostics des observateurs avisés: six à dix ans de prison.»