Cédric Dupont est professeur en relations internationales et science politique à l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) à Genève depuis 1995. La diplomatie multilatérale, les négociations internationales, l’économie politique internationale, l’intégration régionale, la théorie des jeux et la politique économique extérieure de la Suisse sont quelques-uns de ses pôles d’intérêt. Il considère qu’un membre du gouvernement fédéral ne peut se permettre de ne pas comprendre, voire de ne pas parler la langue de Shakespeare.

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De nos jours, un conseiller fédéral doit-il impérativement maîtriser l’anglais?

Absolument. Il est indispensable pour un membre du Conseil fédéral de maîtriser l’anglais. Le contraire est impensable. La Suisse est un petit pays mais une puissance économique de taille moyenne, chantre de l’intégration économique et ouverte sur le monde. Cela fait tache si un membre de son gouvernement n’est pas capable de s’exprimer dans cette langue. C’est encore plus nécessaire pour celui ou celle qui exerce la fonction de président de la Confédération.

Cela facilite-t-il les contacts entre ministres?

Oui, tout à fait. Les discussions informelles se déroulent mieux si elles se font directement, sans interprète, en face-à-face. Or, ces échanges se font souvent en anglais. Les conseillers fédéraux sont aussi des chefs de département qui participent à des conférences ministérielles thématiques de haut niveau, où la compréhension de la langue de Shakespeare est essentielle.

L’anglais est-il aussi nécessaire pour des négociations techniques? Le recours à un interprète n’est-il pas indispensable pour bien comprendre les détails d’un accord?

L’anglais reste le plus utilisé dans les relations internationales, même si ce n’est pas la seule langue de travail officielle dans la plupart des organisations internationales. A l’OMC, on utilise l’anglais, le français ou l’espagnol. A l’ONU, outre ces trois langues, le russe, le chinois et l’arabe sont également des langues officielles. La maîtrise de l’anglais donne le plus souvent un temps d’avance même dans une négociation formelle. Celui qui est à l’aise dans cette langue perçoit la subtilité des mots. Un interprète ne peut pas toujours la rendre évidente en temps réel.

La connaissance de l’anglais devrait-elle être obligatoire?

J’ai le sentiment que les pays font plutôt preuve de souplesse et de pragmatisme. Tous rencontrent le même problème: les bons ministres ne courent pas les rues. D’autres critères peuvent se révéler déterminants. Dans les Etats scandinaves, les ministres ont naturellement recours à l’anglais, car leur langue maternelle est pratiquée par très peu de gens dans le monde. Dans les pays hispanophones, et dans une moindre mesure à l’échelle européenne dans les pays francophones ou germanophones, on a parfois le sentiment qu’on peut s’en sortir sans l’anglais, mais c’est une illusion regrettable car, sans être forcément obligatoire, la maîtrise de l’anglais est de plus en plus nécessaire.