Le cuisinier vaudois avait succédé à Frédy Girardet. Il a tenu le restaurant de l’Hôtel de Ville de Crissier, trois étoiles au Guide Michelin et un 19 au Gault&Millau, de 1996 à 2012 avant de passer le relais à Benoît Violier.

Il avait 61 ans. Philippe Rochat est mort vers 09h30 alors qu’il faisait du vélo en compagnie de deux personnes, a indiqué mercredi à l’ATS Jean-Christophe Sauterel, porte-parole de la police vaudoise. «Les investigations sont en cours, mais il a vraisemblablement fait un malaise.»

L’hommage de Girardet

Frédy Girardet, 78 ans, accuse le coup du décès à 61 ans de son successeur Philippe Rochat. «C’est dur de voir qu’il s’en va si jeune», déclare-t-il. «Ce sont des choses qui font du mal: voir partir quelqu’un que l’on a eu à son service, à qui on a remis son savoir. C’est la personne avec laquelle j’ai été le plus proche en cuisine. Nous avons passé seize ans ensemble», a indiqué Frédy Girardet mercredi à l’ats.

Du caractère de Philippe Rochat, le chef étoilé souligne qu’«en seize ans, il n’a jamais eu un mot. Au travail, il était sérieux, de bonne humeur. Il avait beaucoup de passion pour son métier. C’était un personnage charismatique». «Question cuisine, il était mon digne successeur. Il a continué dans la voie que je lui ai enseignée. Il a repris le restaurant avec passion et mis Crissier en valeur», note le chef étoilé.

«On était frères de coeur»

Gérard Rabaey, ancien chef du Pont-de-Brent, est sous le choc, après l’annonce du décès de son confrère et ami. «On était deux frères de coeur, on a beaucoup partagé», a-t-il témoigné. «Franziska et lui se sont mariés dans mon auberge en 1995», se souvient avec émotion le chef étoilé à la retraite. «Je le connais depuis 1978 quand il était employé à Crissier. On était beaucoup ensemble. On a fait énormément de vélo, visité les grandes tables du monde, les relais et châteaux. On était à l’époque les deux seuls trois étoiles de Suisse», raconte-t-il.

«Philippe part beaucoup trop tôt. Il a eu pas mal de malheurs dans sa vie. Depuis sa retraite, il y a trois ans, il avait moins de pression, il était tellement heureux», relate le cuisinier étoilé. «Et là, le monde s’écroule: il devait me téléphoner cette semaine pour qu’on aille manger ensemble avant son départ en vacances».

«C’était un grand monsieur et une belle personne, un garçon entier, très généreux. Il a su faire une transition remarquable à Crissier. Reprendre une maison connue mondialement, il était le seul capable de faire ça», note M.Rabaey. «Phillipe ne faisait pas de différence entre un Combier ou une star. Il parlait avec tout le monde. C’était quelqu’un de simple qui aimait les bonnes choses», poursuit-il.

«On était les cuisiniers de l’extrême. En terme de sport, c’est pareil, c’est un peu la démesure. Franziska, Philippe, ils sont tous les deux décédés en faisant du sport», remarque M.Rabaey qui rappelle que la profession vient de perdre il y a trois mois un autre de leurs amis le cuisinier Roland Pierroz.

Un apprentissage commencé à 14 ans

Philippe Rochat avait commencé un apprentissage de cuisinier à 14 ans au Buffet de la Gare de Romont. Il a travaillé dans différents palaces avant de passer six ans à Zurich au Savoy Baur en Ville, puis au Baur au Lac. Il a commencé à travailler au restaurant de l’Hôtel de Ville à Crissier en 1980 sous les ordres de Frédy Girardet en 1980. Il est promu chef de cuisine neuf ans plus tard.

En 1999, il reçoit le titre de «Cuisinier de l’année» décerné par le Gault&Millau suisse, et en 2000, le Gault&Millau français écrit: «Crissier abrite toujours le meilleur restaurant du monde.»

En 1995, il avait épousé la marathonienne Franziska Rochat-Moser, décédée en 2002 lors d’un accident en montagne. Par la suite, il avait retrouvé une certaine sérénité aurps de l’ancienne fondeuse Laurence Rochat.

■ A lire: Epître aux épicuriens, épilogue, notre reportage lors du dernier service de Philippe Rochat à l’Hôtel de Ville de Crissier (2.04.2012)

Le Conseil d’Etat vaudois a fait part de sa grande tristesse à l’annonce du décès de Philippe Rochat. Il lui avait attribué le Mérite cantonal en 2008