Portrait politique

Céline Amaudruz, l’appétit des sommets, la peur du vide

A 36 ans, l’égérie de l’UDC romande pourrait briguer un siège de vice-présidente du parti national. Mais rien n’est encore décidé pour l’actuelle présidente de la section genevoise

Le 12 décembre 2007 alors que l’horloge affiche 10h40 au Palais fédéral, l’un des personnages politiques les plus marquants des deux dernières décennies se voit expulsé de son siège de conseiller fédéral. Qui aurait pu prévoir – à moins d’être un fervent convaincu de la théorie du chaos et de son effet papillon – que l’éviction de Christoph Blocher allait concourir à jeter Céline Amaudruz dans les bras de l’UDC? Et ce, alors même que la section genevoise tente péniblement de sortir de l’état végétatif dans lequel elle se trouve depuis qu’elle est rongée par un conflit interne, de surcroît conspuée par une large partie de l’opinion publique pour ses affiches qualifiant les homosexuels de «pacsés inféconds»?

Pour mieux comprendre comment celle qui n’avait jamais côtoyé le monde politique pourrait occuper prochainement la vice-présidence de l’UDC Suisse, il faut se diriger vers les bureaux d’une grande étude d’avocats du centre-ville, rue de Hesse. Ce 12 décembre, alors qu’il écrase vraisemblablement sa quinzième cigarette dans un cendrier qui déborde déjà, Me Michel Amaudruz fulmine de l’éviction crasse de la figure paternelle de l’UDC. C’est décidé, il adhère alors au parti, entraînant avec lui sa «Marmouzette», affectueux sobriquet dont il affuble sa fille.

Nichée sur les bancs usités de La Clémence, repaire historique pour tout individu né de bonne famille, Céline Amaudruz retrace cette période. Et non, ce n’est pas la peur de l’étranger qui l’a conduite à rejoindre le parti. «C’est avant tout mon opposition à l’Union européenne qui justifie ma présence à l’UDC. J’ai toujours estimé, et l’actualité me donne malheureusement raison, que ce système ne fonctionnait pas.» Huit mois après, celle qui ne se voyait «pas du tout élue» – mais qui a tout fait pour l’être (y compris l’envoi de lettres personnalisées à tous ses amis) – conquiert son siège au parlement cantonal. Elle prétend que son esprit compétitif lui vient de ses nombreuses années de concours à chevaucher Ulisca, sa jument hollandaise. On parie sur la peur du vide.

Combattre les stéréotypes

Car depuis, la boulimique Céline Amaudruz n’a jamais cessé de poursuivre de front ses carrières politique et professionnelle. Alors qu’elle quitte la gestion de fortune chez Julius Baer pour lui préférer UBS dans laquelle ses interlocuteurs sont désormais des avocats ou des notaires – «Aux chiffres, j’ai toujours préféré les relations humaines» –, la licenciée en droit reprend les rênes d’une UDC moribonde une année seulement après son entrée au Grand Conseil. Il lui faudra une année supplémentaire pour rejoindre la capitale, où elle est élue en 2011 à la Chambre basse. Si elle dit avoir «adoré» ses années genevoises, les dossiers de la Berne fédérale ont sa préférence. La progression est fulgurante. «Forcément, vitupèrent ses ennemis, une femme jeune prend des allures de pain bénit pour un parti phallocrate.» Elle concède avoir dû combattre quelques stéréotypes – qu’on laissera deviner sans trop de peine au lecteur – pour s’imposer. D’ailleurs, elle-même n’en parle que très peu, estimant que cette image-là est derrière elle. Surtout depuis sa réélection au Conseil national en octobre 2015 et sa récente accession à la vice-présidence du groupe parlementaire UDC aux Chambres fédérales.

De son bilan aux affaires de l’UDC genevoise, Céline Amaudruz concède volontiers des échecs. D’abord celui de l’initiative en faveur d’une traversée de la Rade pour laquelle, dit-elle, le travail de récolte de signatures fut harassant et qui s’est soldé par un sévère rejet des électeurs. «Mais au moins, cela a permis à notre parti de se positionner sur la mobilité, une thématique que nous n’occupions pas», se console-t-elle. Ensuite, des élections municipales 2015 aux allures d’hécatombe pour le parti voyant la moitié de ses conseillers municipaux disparaître. Difficile de s’implanter sur un terrain politique déjà très disputé, notamment avec la forte présence du Mouvement Citoyens genevois, qui partage avec l’UDC son amour de la frontière. Notre interlocutrice ne croit qu’à moitié à un électorat commun que devraient se disputer les deux partis. «Lorsque notre électorat s’est effrité, celui du MCG ne s’est pas, pour autant, renforcé», argue-t-elle.

Pour sa défense, elle s’en est d’ailleurs occupée elle-même; la présidente de l’UDC peut revendiquer une reconquête du terrain parlementaire en emportant deux sièges supplémentaires au Grand Conseil en 2013, portant le nombre de députés de 9 à 11 (+1,77%) sur les 100 élus que dénombre le législatif. Poussé notamment par l’actualité migratoire européenne, le parti a aussi vu son électorat légèrement progresser à Genève aux dernières élections fédérales (+2,2%) cet automne.

L’avenir? Une possible candidature à la vice-présidence du parti national en avril. Pour l’heure, rien n’est encore décidé du côté de la Genevoise. «D’autant plus que je devrais quitter la vice-présidence du groupe parlementaire», une fonction qui lui tient à cœur mais qui demeure incompatible aux yeux des statuts de l’UDC. Un autre concurrent convoite lui aussi la place, si cette dernière ne devait revenir qu’à un seul Romand: le conseiller d’Etat valaisan Oskar Freysinger. «Un personnage», se contentera de dire à son propos la conseillère nationale. Pas certain que cette dernière ne se laisse contraindre, le cas échéant, à laisser sa place à un ancien. Mais le futur se dessine aussi comme la volonté de profiter de l’accession de Guy Parmelin au Conseil fédéral pour élargir l’électorat de l’UDC en terres romandes. Celle qui a œuvré pour l’élection du candidat vaudois au gouvernement ne tarit pas d’éloges envers celui qu’elle considère comme son mentor politique. «C’est quelqu’un qui dégage une image sympathique, rassurante et qui peut apparaître comme étant plus proche de nous qu’un Toni Brunner.»

L’avenir, c’est enfin quitter la présidence de l’UDC genevoise au printemps. «Savoir partir, c’est aussi ça être président.» 

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