Politique

Céline Vara, la Neuchâteloise qui va dynamiser les Verts suisses

Après avoir mené au succès le parti écologiste de son canton, Céline Vara va accéder samedi à la vice-présidence du parti national, avec en ligne de mire les élections fédérales de 2019. Une nouvelle étape dans la carrière fulgurante d’une femme pressée

Lorsqu’on la sollicite pour un entretien en vue de son élection samedi à la vice-présidence des Verts suisses, Céline Vara ne propose pas de venir à son étude d’avocate, mais donne spontanément rendez-vous à midi dans un restaurant de la vieille ville de Neuchâtel, un café 100% bio. Elle n’a pas besoin de regarder la carte. Le plat du jour, salade garnie de fines tranches de truite fumée, lentilles et canneberges, fera l’affaire. Le tout accompagné d’un sirop – forcément – artisanal.

Entre deux coups de fourchette, Céline Vara parle vite, rit beaucoup, martèle ses convictions. Le signe d’un fort dynamisme, mais aussi peut-être une façon de masquer son stress. Elle redoute les questions trop personnelles, préfère mettre en avant ses valeurs et sa sincérité. La jeune politicienne de 33 ans sait le moment important. Le samedi 5 mai, lors de l’assemblée des délégués de son parti à Olten, elle devrait sans surprise être élue vice-présidente du parti des Verts suisses, un tremplin, un tournant dans une carrière météore que rien ne laissait présager.

Fille d’immigré sicilien

«Personne dans ma famille n’avait jamais fait de politique, confie Céline Vara, fille d’une fleuriste neuchâteloise et d’un manutentionnaire immigré sicilien. Mon père est arrivé en Suisse enfant, avec mes grands-parents, qui ont tout quitté, attirés par les perspectives d’emploi dans les usines de La Chaux-de-Fonds.» Une enfance modeste mais heureuse pour celle qui garde un souvenir ému de ces longs voyages en train de nuit chaque été, direction la Sicile et les vacances en famille. Des parents aussi surpris que fiers quand leur fille leur annonce qu’elle veut suivre des études de droit à l’Université de Neuchâtel. Elle deviendra avocate, spécialisée en droit de la santé et des biotechnologies, associée depuis 2017, pour la petite histoire, avec un ancien conseiller d’Etat PLR, Claude Nicati.

«Sans prétention, je crois que j’ai toujours voulu défendre des causes», insiste Céline Vara. A sa majorité, la jeune femme se lance en politique, chez les Verts, parce qu'«ils ne doivent rien à personne: ni à l’économie, ni aux syndicats». Elle fera rapidement parler d’elle. En 2005, à 21 ans, elle prend la présidence des Jeunes Verts neuchâtelois. En 2008, l’écologiste est élue au législatif de sa commune de Cortaillod, village viticole de 5000 âmes bordé par l’Areuse et le lac de Neuchâtel. Lors de l’élection suivante, elle accède à l’exécutif et prend les rênes d’un dicastère mammouth qui réunit pêle-mêle social, routes, déchets, transports, parascolaire et services industriels. «L’échelon communal demeure la meilleure école pour un jeune politicien, c’est l’expérience la plus formatrice», assure celle qui s’est retrouvée à devoir installer des caméras de vidéosurveillance pour combattre les déprédations à l’écopoint de la déchetterie.

Présidence des Verts neuchâtelois

A peine le temps de souffler et de donner naissance à une petite Mathilde, âgée de 15 mois aujourd’hui, et Céline Vara accède en 2016 à la présidence des Verts neuchâtelois, puis devient députée. L’infatigable politicienne sillonne le canton, entraînant tout le monde dans son sillage. Lors des élections cantonales de 2017, son parti n’a jamais compté autant de candidats sur les listes pour le Grand Conseil. Les écologistes ne raflent pas moins de cinq sièges, pour en atteindre dix-sept. Un record.

Ce succès n’a pas échappé aux Verts suisses, qui cherchent un nouveau souffle au niveau national. Les écologistes restent sur deux cuisants revers aux élections fédérales avec une perte de cinq sièges en 2011 et de quatre sièges en 2015. Le parti a notamment laissé échapper son siège neuchâtelois, qui fut successivement occupé par Fernand Cuche et Francine John-Calame, au profit du popiste et maire du Locle Denis de la Reussille, un poids lourd politique du canton.

Meilleur atout pour 2019

Aux yeux de beaucoup, Céline Vara est le meilleur atout des Verts neuchâtelois pour aller rechercher ce siège perdu au National dès les élections fédérales de 2019. A l’évocation de sa candidature, elle temporise soudain. Peut-être trop tôt, trop vite… Celle qui a gravi les échelons politiques quatre à quatre semble hésiter. Elle a été touchée par un récent article où certains détracteurs la dépeignaient comme «une maîtresse d’école», agaçante, voire arrogante.

La jeune femme écarte finalement ces critiques. Elle sait au fond d’elle que le temps est venu de passer à l’échelon national. «C’est le bon moment. Je veux faire profiter mon parti de mon énergie et de mon réseau, afin de préparer la stratégie des futurs scrutins», insiste la Neuchâteloise, qui renforcera le poids des Romands au sein du comité des Verts, où elle rejoindra la Genevoise Lisa Mazzone. «Pour ma candidature au Conseil national, j’ai jusqu’à cet automne pour décider», lance-t-elle au terme du repas. Céline Vara hésitera à prendre une part de tarte aux pommes, avant de renoncer. Elle ne prendra pas de café.

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