Berne au Conseil fédéral?

Simonetta Sommaruga, pressentie pour succéder à Moritz Leuenberger

Simonetta Sommaruga, l’une des favorites à la succession de Moritz Leuenberger, permettra peut-être au canton de Berne de récupérer son siège au Conseil fédéral, perdu avec la démission de Samuel Schmid. La sénatrice de fer, qui occupe une place à part dans la galaxie du PS, élude évidemment la question. Mais souligne sa grande fierté à défendre, depuis 2003, son canton au Conseil des Etats. Sans, précise-t-elle, en être «l’esclave» non plus.

A vrai dire, Simonetta Sommaruga, connue pour sa ténacité, n’est l’esclave de personne. La Tessinoise d’origine s’est fait connaître pour son engagement depuis quinze ans en faveur des consommateurs, et notamment sa croisade pour faire baisser le coût des médicaments. Signataire du Manifeste du Gurten, elle fut une figure de proue des socialistes réformistes. Mais les divergences, dit-elle, appartiennent au passé. «Le PS a besoin de ses deux ailes. Quand les syndicats et les consommateurs s’allient, ils gagnent. La preuve avec le refus, le 7 mars, de la baisse du taux de conversion du deuxième pilier.»

Le canton de Berne, lui aussi, doit composer avec les équilibres, et la lourdeur que cela implique. «Berne s’est beaucoup modernisé. Pourtant, à côté de la ville, la campagne conserve toute sa place.» Ce modèle, estime Simonetta Sommaruga, on le retrouve dans le Jura bernois. «On le considère comme rural, alors qu’il accueille des entreprises mondialement concurrentielles.» Ville et campagne, c’est là un alliage que chérit Simonetta Sommaruga, qui veille toujours à se laisser le temps de cultiver son potager.

Un as du Cœur

Thierry Carrel, vedette de la chirurgie cardiaque

Depuis le quintuple pontage coronarien qu’il a effectué sur Hans-Rudolf Merz en 2008, la popularité de Thierry Carrel a explosé. Mais le chef de la clinique de chirurgie cardiaque de l’Hôpital de l’Ile, également responsable du pôle de chirurgie cardiaque Berne-Bâle depuis 2006, est un habitué des feux de la rampe. En 2000, un an après sa nomination à la chaire de chirurgie cardiovasculaire de l’Université de Berne, il acceptait que SF1 transmette en direct une opération à cœur ouvert. Récemment, il était invité par le Stadttheater pour une discussion «plutôt philosophique» avec le public. Sommité dans son domaine, ce Fribourgeois né en 1960 est également un médecin engagé, qui se définit «adepte d’une médecine sociale» et n’hésite pas à partager ses opinions tranchées sur la hausse des primes maladie, le surplus de centres cardiaques en Suisse ou «le taux d’imposition trop élevé à Berne». En 2004, la capitale fédérale a tremblé en pensant le perdre au profit de Zurich, avant qu’il ne se ravise. Il assure ne pas regretter son choix: «La clinique de l’Hôpital universitaire de Zurich est à peine l’ombre de ce qu’elle a été. Et à Berne, le service tourne à une cadence impressionnante.» Il n’avoue qu’une crainte: celle de s’endormir sur ses lauriers. «Certains collègues de la Faculté sont déjà à la retraite dans leur tête.» De Berne, il dit apprécier la situation géographique et la qualité de vie, mais plaide pour une capitale plus cosmopolite et avoue en trouver frustrante la lenteur décisionnelle. «La volonté politique existe, mais le poids des régions et de l’administration se fait vraiment sentir. Or en médecine, nous sommes habitués à prendre des décisions, et vite!»

«Berne est un formidable espace commercial»

Nicole Loeb, directrice des magasins du mêm nom

Elle n’a certes pas l’aura de son père François, retiré pour écrire en Allemagne, mais Nicole Loeb est une cheffe d’entreprise qui compte à Berne. A 43 ans, elle a remis en selle un des emblèmes de la ville, les magasins Loeb, qu’elle dirige depuis 2005. Un challenge délicat, car l’entreprise créée en 1881 a connu des tourments, considérée comme vieillotte, doublée par les centres commerciaux des périphéries.Nicole Loeb a recadré la stratégie, tablant sur la qualité du service et clamant qu’un grand magasin a sa place au centre-ville. A Berne, Loeb est voisin de la gare. Le redressement a été progressif, entravé par les transformations internes et externes. En 2008, le groupe Loeb – qui emploie 520 personnes pour 450 postes – perdait 3,5 millions de francs. En 2009, Loeb a augmenté son chiffre d’affaires de 5,4% à 109 millions et dégagé un boni de 3,5 millions.Misant sur les sites de Berne, Bienne, Thoune, Soleure et Schönbühl, Nicole Loeb a fermé le magasin d’Avry-sur-Matran et se retirera de celui de la banlieue bernoise de Bethlehem. «La ville de Berne est un formidable espace commercial, avec ses arcades», dit-elle. Elevée à Zurich, ayant bourlingué en Allemagne et aux Etats-Unis, elle ne jure plus que par Berne, «pour sa qualité de vie, sa proximité de tout». Paradant peu en ville – «je suis surtout présente dans le magasin» – Nicole Loeb est active dans la section locale de l’Union du commerce et de l’industrie. «J’essaie d’y insuffler un environnement favorable aux affaires», confie-t-elle, persuadée qu’on en fait d’aussi bonnes à Berne qu’à Zurich. Elle incarne «une certaine modestie bernoise, où on préfère travailler dans l’ombre, sans pourtant manquer d’ambition».

Un alchimiste du dialecte

Pedro Lenz, poète et chroniqueur

«Les Bernois sont persuadés de se suffire à eux-mêmes, rit-il. Zurich, pour eux, ce n’est pas l’Afrique mais presque.» Pedro Lenz, c’est un rire généreux. Il a dit un jour qu’il partageait avec Roger Federer ce souci de ne pas paraître trop grand. Or, lui, il est très grand. Né à Langenthal, binational suisse et espagnol, Pedro Lenz, 45 ans, est poète, chroniqueur, fou de sport et alchimiste du dialecte.De ses histoires du quotidien racontées dans un café naissent de belles rencontres avec les tics de son canton. «Je reste à Berne parce que c’est confortable et que je suis paresseux. Ici quand tu es accepté, tu appartiens à la famille. Les Bernois n’aiment personne plus qu’eux-mêmes. Or, paradoxalement, ils ont peur de gagner. Voyez les Young Boys, vingt-cinq ans qu’ils n’ont pas de sacre et ils tremblent quand celui-ci s’approche!»A Berne, la culture du dialecte dispose d’un terrain fertile. De la tradition des «troubadours», toujours entretenue par des Polo Hofer, Züri West ou Stiller Has, est née une sacrée fierté. Avec d’autres poètes, Pedro Lenz a fondé le collectif de performance Bern ist überall (Berne est partout).«Je crois aussi qu’il y a plusieurs identités bernoises. Berne et Bienne, ce sont des antagonismes. De plus, il y a cette tension entre ville et campagne. Une sorte de snobisme de la première. Les Bernois de la ville n’ont pas oublié qu’ils furent une puissance avant de perdre au XVIIIe. Ils sont encore blessés.» Une spécificité bernoise? «On souhaite bon dimanche le jeudi. Pas parce qu’on est en avance mais parce qu’on baigne dans l’anachronisme. J’aime ça.»

Le Spiderman de l’Eiger

Ueli Steck, champion des ascensions en solitaire

Des sommets bernois de l’Eiger, du Mönch et de la Jungfrau, il dit qu’ils sont «un peu mon jardin. Forcément, c’est là que j’ai commencé à grimper.» Ce natif de ­Langnau, dans l’Oberland, est connu pour ses ascensions en ­solitaire et en libre, qu’il prépare avec une extrême minutie et effectue à une vitesse vertigineuse.En 2008, il a ainsi gravi la face nord de l’Eiger en 2 heures, 47 minutes et 33 secondes (la plupart des alpinistes mettent deux jours). Aujourd’hui âgé de 33 ans, il est reconnu par ses pairs comme un des meilleurs speed climbers au monde, une discipline qui reste décriée par certains alpinistes, et partage une cordée avec le Valaisan Simon Antha­matten. Mais il reste méconnu du grand public, loin de l’idolâtrie déclenchée par un Roger Federer. Cela ne le dérange pas, assure-t-il. «Je grimpe pour moi, pas pour les autres.» La face sud de l’Annapurna lui a échappé à deux reprises. Lors de sa première ­tentative, il a été blessé par la chute d’un caillou, et lors de la deuxième, il a décidé d’interrompre son ascension pour porter secours à un alpiniste espagnol, démarche très rare dans le milieu. Cette année, il va ­rester en Suisse pour soigner ses pieds, gelés en septembre ­dernier lors de l’ascension du Makalu, qui culmine à 8362 mètres à l’est du Mont Everest. Même si aucun sommet n’est plus beau que l’autre – «chaque succès est unique», dit-il –, il repartira à l’attaque de l’Annapurna. Mais au fait, qu’est-ce qui fait courir Ueli Steck? «Je ne le sais pas moi-même. Je sais juste que c’est le chemin que je dois prendre.»

Châtelain et magnat des médias

Charles von Graffenried, homme d’affaires

Il apparaît peu dans les médias. Mais son appartenance à l’une des plus anciennes familles de la ville, alliée à un sens aiguisé des affaires, fait de ce patriarche à la haute taille et à l’allure sévère une des figures les plus respectées, et les plus connues, du canton. Il a transformé l’étude de notaire héritée de son père en une holdingcomprenant banque privée, immobilier et gérance de fortune. S’il est fier de son histoire – il a ainsi racheté et fait rénover le Château neuf de Worb, érigé en 1734 par un ancêtre – ce père de six enfants issus de deux mariages aime également précéder l’air du temps. Il a fait du groupe Espace Media un petit empire médiatique comprenant journaux, radios et télévision avant de convaincre les principaux actionnaires, juste avant la crise, de le revendre au zurichois Tamedia pour 300 millions de francs. A 85 ans, il siège désormais au conseil d’administration de Tamedia, devenu depuis le plus grand groupe de presse de Suisse. Avec la famille Reinhardt-Scherz, il a décidé de créer une nouvelle fondation en remplacement de la fondation Espace Media, qui récompense depuis une quinzaine d’années la photographie de presse et le journalisme local et dont les invités d’honneur, lors de la cérémonie annuelle au Bellevue, ont pour nom Christoph Blocher, Ulrich Gygi ou Roger Köppel, le directeur de la Weltwoche. Le prix, qui récompensera également les contributions aux nouvelles technologies, aura pour nom «Best Award of Swiss Media».