Il était sans doute trop bavard pour faire un terroriste accompli. En discutant au téléphone avec ses contacts du GSPC*, un groupe armé algérien, Belkacem Kermas a donné aux services occidentaux la preuve qu'ils cherchent depuis des années: celle d'un financement de combattants liés à Al-Qaida en Afrique du Nord par des délinquants actifs en Europe.

Belkacem Kermas, alias Bassam Rifai, et plusieurs membres de son réseau ont été arrêtés à Zurich et dans d'autres cantons en mai et juin derniers (LT des 9 et 17 juin 2006). Selon une source française au fait du dossier, l'affaire revêt une importance «exceptionnelle»: «Belkacem Kermas a été imprudent, et c'est une chance énorme. Grâce aux écoutes téléphoniques réalisées par les Suisses, nous savons que les émirs du GSPC l'ont remercié pour l'argent qu'il avait récolté, en décrivant les actions qu'eux-mêmes avaient menées en Algérie» - notamment des attaques contre des cibles militaires qui ont fait plusieurs morts.

Provenant de cambriolages commis en Suisse, ces fonds ont été remis en liquide au cousin d'un islamiste basé en région parisienne, Mabrouk B. Celui-ci a acheté des voitures qu'il a ensuite revendues au prix fort en Algérie pour financer le GSPC. Selon le journal français Le Figaro, l'opération aurait rapporté environ 180000 francs suisses au groupe terroriste.

Lorsqu'il s'est installé à Zurich, Belkacem Kermas, aujourd'hui âgé de 28 ans, n'avait pas le profil d'un extrémiste. A en croire la source précitée, c'est d'abord un petit délinquant qui a fini par proposer ses services au GSPC pour «donner un sens à sa vie», au terme d'un parcours que les policiers suisses s'efforcent de reconstituer.

On sait ainsi qu'il a fréquenté la mosquée Zayed de la Rötelstrasse, à Zurich, qui était déjà placée sous surveillance policière en raison de prêches considérés comme radicaux. «Mais attention, explique un enquêteur, il n'y a pas de lien mécanique entre son passage dans cette mosquée et sa vocation terroriste. Peut-être qu'un événement précis a servi de déclencheur, mais on ne sait pas encore lequel.» Aucun responsable de la mosquée n'a pu être joint pour commenter ces informations.

De nombreuses zones d'ombre entourent aussi le plan d'attentat du réseau helvétique contre un avion de la compagnie israélienne El Al. Côté français, on décrit un projet resté à l'état d'ébauche, sans date ni lieu fixés avec précision. Aucun explosif n'a été retrouvé lors des perquisitions menées en Suisse.

Il n'empêche: les liens très directs de cette cellule avec le GSPC ont de quoi inquiéter les services antiterroristes. En 2003, le groupe algérien a formellement proclamé son allégeance à Al-Qaida, l'organisation d'Oussama ben Laden. Depuis, il aurait concrétisé cette alliance en mettant sur pied, dans des zones désertiques du Sahara, des camps d'entraînement destinés aux militants de toute l'Afrique du Nord.

Affaibli par ses confrontations avec l'armée algérienne, le GSPC compterait encore quelques centaines de maquisards très endurcis. Les analystes français craignent que, afin d'enrayer son déclin, il ne tente un jour d'utiliser ses réseaux à l'étranger pour frapper l'Europe.

*Groupe salafiste pour la prédication et le combat.