Sébastien Leprat s'inquiète. Au départ, tous les signaux étaient pourtant au vert. Responsable de la campagne interpartis en faveur des cellules souches, secrétaire politique au Parti radical suisse, Sébastien Leprat a beau dire qu'il est loin d'accorder une foi aveugle aux sondages: «Les opposants n'ont pas de moyens impressionnants, et avec ça, le non est en progression.» Et de conclure, à une semaine de la votation: «Il y a un problème de mobilisation chez les partisans.»

En octobre, un sondage SSR SRG idée suisse réalisé par l'Institut gfs.bern donnait 60% de oui à la loi sur les cellules souches. Trois semaines plus tard, les partisans n'étaient plus que 52% sur les 1200 personnes interrogées durant la semaine du 8 au 13 novembre. Le camp des indécis se renforce, passant de 15% à 18%. Surtout, les Romands sont en train de se séparer du reste de la Suisse. Les premiers sont toujours plus convaincus – le camp du oui passe de 61% à 68% –, mais les Alémaniques, eux, faiblissent dangereusement. Le pourcentage des oui a régressé de 56% à 45%, les non progressant de 29 à 33%, et les indécis de 15 à 22%. Comme pour le congé maternité en septembre dernier, les Romands devraient donc se trouver en position d'influencer le scrutin de manière déterminante.

Ceux qui votent traditionnellement radical restent les plus fidèles défenseurs de la recherche sur les cellules souches. Ils sont toujours 69% à vouloir voter oui, comme à la fin octobre. Aucun effritement non plus n'est constaté dans la base PDC, qui reste pourtant divisée: 51% de oui, 35% d'opposants. Mais c'est surtout parmi les électeurs UDC que les convictions flanchent. Le oui s'est effondré, passant de 68% d'intentions de vote à 44% seulement, le non montant en force de 26 à 40%.

Chez les socialistes, les partisans sont également en recul: ils étaient 67% il y a trois semaines, ils ne sont plus que 53%, tandis que le camp du refus progresse de 20 à 24%. Le PS n'est toutefois d'aucun secours pour les défenseurs de la loi. Malgré la recommandation de voter oui, décidée du bout des lèvres par les délégués au congrès de Naters (VS), à fin octobre, le parti est trop divisé pour s'engager dans la campagne. En Suisse alémanique, la conseillère aux Etats bernoise Simonetta Sommaruga est l'une des porte-voix les plus éloquentes et les plus déterminées du non «de gauche».

«Il y a un net durcissement du côté alémanique, admet Sébastien Leprat. Tout tourne autour du débat éthique. La place de la recherche en Suisse passe au second plan. Nos arguments tirés d'une éthique libérale mettant l'accent sur la liberté de la recherche, et sur le fait que la situation actuelle, qui ne permet que l'importation de lignées cellulaires, n'est pas satisfaisante, ont de la peine à prendre. Globalement, les milieux de la recherche ne se mobilisent que moyennement. On sent bien que, pour eux, la question des cellules souches est beaucoup plus sectorielle que ne l'était celle du génie génétique.»

Les référendaires, eux, se déclarent à la fois étonnés et réjouis. Coordinateur de la campagne en Suisse romande, le Valaisan Patrick Progin se félicite de la dignité du débat, et n'en revient pas que la question des cellules souches en vienne à éclipser, selon lui, la péréquation financière, autre objet fédéral soumis au vote le 28 novembre. «Notre premier objectif était de faire en sorte que la recherche sur les cellules souches ne passe pas comme une lettre à la poste. Cet objectif est, en réalité, déjà atteint. On sent que les gens réfléchissent, et que les aspects éthiques ne sont pas les moindres que les citoyens prennent en compte. C'est très positif. La campagne est digne, il y a de plus en plus d'honnêteté intellectuelle, les médias respectent l'équilibre des points de vue, on ose mettre toutes les questions sur le tapis.» Les moyens engagés dans la campagne, concède Patrick Progin, n'ont pu être que modestes: quelques affiches – des tablettes de médicaments à la place desquels apparaissent des têtes d'enfants –, des dépliants, des lettres de lecteurs, des interviews.

On se souviendra que le débat sur les cellules souches, certes ardu, avait déjà connu une première phase intense ces dernières années, après la décision du Fonds national suisse pour la recherche scientifique, en 2001. La Fondation Science et Cité, notamment, avait alors déployé d'importants moyens de communication pour familiariser le public avec ce thème. Elle s'est tenue en dehors de la campagne politique actuelle, son financement par de l'argent public ne lui permettant guère d'intervenir.