Il ne reste plus qu'à convaincre. Mais, à part cela, les Services industriels de Genève (SIG) sont fin prêts: ils ont déposé hier une demande d'autorisation de construire préalable, dans l'objectif d'une mise en service de leur usine à gaz, ou «centrale chaleur-force» selon le terme technique, en 2012. Dans la foulée, le visage de la future installation du Lignon, conçue par un bureau d'architectes genevois, a été dévoilé. Décidément passés à l'offensive, les SIG ont brandi un atout de poids: le soutien du PDC Philippe Roch, ex-directeur de l'Office fédéral de l'environnement (lire ci-dessous). Mais la résistance s'organise chez les radicaux et les Verts, toutefois divisés. Dans les deux partis, on dénonce un projet polluant.

«Industriel et solaire»

Parmi neuf projets en lice, c'est celui du bureau genevois ASS (Michael Annen, Rolf Siebold et Hans Siegle), qui a fait «l'unanimité», annonce Daniel Mouchet, président des SIG. Leur projet (voir ci-contre) intègre des panneaux photovoltaïques sur le toit de la centrale, permettant d'alimenter en électricité l'équivalent de 140 ménages. «Nous avons voulu marier un bâtiment industriel avec une structure solaire. Et nous avons choisi le rouge, car il se marie bien avec le bois», précise Walter Stämpfli, architecte chez ASS. Le bureau lauréat, qui compte une trentaine d'employés, est installé au Lignon, dans la commune de Vernier, comme la future centrale. Il a déjà conçu l'usine d'incinération des Cheneviers, mais aussi l'extension du Collège Calvin et le siège de la Banque Pictet.

Electricité et chaleur à la fois

Face aux médias, le ton était plus que jamais à la détermination. De concert, Daniel Mouchet et André Hurter, directeur des SIG, ont vanté les mérites de leur centrale, soutenue par le Conseil d'Etat, et qu'ils espèrent exploiter dès 2012. Selon le calendrier, la construction de l'installation, devisée à 200 millions, pourrait démarrer en 2010, après l'autorisation de construire définitive.

D'ici là, il faut désamorcer les oppositions pour éviter les recours. Face à la critique, les SIG ont déjà consenti à injecter quelques millions supplémentaires pour installer un système de refroidissement à eau, qui minime les nuisances sonores.

L'argument de poids de la régie, c'est l'efficacité énergétique, chiffrée à 75%: la future centrale produira à la fois de la chaleur et de l'électricité. A l'heure où le canton est menacé par une hausse des tarifs d'électricité, l'entreprise publique souligne la nécessité de réduire la dépendance de Genève, qui ne produit actuellement que 800 GWh par année, alors que ses besoins s'élèvent à 3000 GWh. La production électrique de la future centrale s'élèvera à 280 GWh, ce qui correspond à 78000 ménages. Du côté de la chaleur, les SIG avancent le chiffre de 175 GWh, soit la consommation d'environ 29000 habitants. Les zones de Vernier, Meyrin et des Charmilles seront raccordées au réseau de chaleur à distance. Le mazout sera remplacé par du gaz, moins nocif.

Le CO2 qui effraie

Mais il y a une question qui fâche: les émissions de CO2 qui seront dégagées par la centrale, agitées comme un épouvantail par les opposants au projet. Car, selon les SIG, l'usine émettra 120000 tonnes de gaz carbonique. Pour les radicaux de la commune de Vernier, cela donne des airs de «Verniobyl» à la future installation. Sur ce point, André Hurter est catégorique: «Le CO2 n'a aucun effet local.» Autrement dit, la centrale ne présentera «aucun risque supplémentaire» pour les riverains, en termes de risque d'accident ou de pollution, assurent les SIG.

En revanche, le directeur admet que les émissions de CO2 favorisent l'effet de serre et contribuent au réchauffement climatique. «Nous prenons un engagement solennel et ferme de compenser entièrement le CO2. Il y va de notre crédibilité.»

Mais comment? La régie publique est moins précise quand il s'agit de détailler les mesures qui permettront d'y parvenir. Pour l'heure, les SIG prévoient l'économie de 60000 tonnes de CO2, notamment en fermant les chaudières à mazout et en réduisant la production de la centrale actuelle de chauffage. Mais il reste 60000 tonnes à compenser: «Il y a encore quelques points d'interrogation sur la forme que cela prendra», admet André Hurter.

Des pistes émergent toutefois: «Le financement d'isolation d'immeubles, le développement de moyens de production de chaleur renouvelables comme le solaire thermique, ou la division du canton en plusieurs zones pour trouver l'agent le plus pertinent en fonction de chacune», énumère l'ingénieur Gilles Garazi.

Les SIG soulignent que la centrale à gaz devrait fonctionner pendant 20 à 25 ans, comme solution transitoire à la société à 2000 watts. D'ici là, «on espère pouvoir tout faire en renouvelable», souligne Gilles Garazi. Les SIG étudient ainsi la géothermie, «l'avenir», dit l'ingénieur, mais trop lointain pour se reposer dessus.