Analyse

La centralisation hospitalière à Neuchâtel, pour éviter un cercle vicieux

Sans surprise et cautionné par des experts, le Conseil d’État livre sa vision de la réorganisation hospitalière, similaire à celle de HNE: les soins aigus à Neuchâtel, la réadaptation à La Chaux-de-Fonds, avec des policliniques pour les soins de proximité

Des multiples réformes nécessaires aux institutions neuchâteloises, celle de l’organisation spatiale de l’hôpital cantonal est la plus délicate, car elle intègre beaucoup d’émotion et d’instrumentalisation dans un domaine complexe où les enjeux sont imposés de l’extérieur.

Après avoir pris le taureau par les cornes au début de 2015, le ministre de la Santé Laurent Kurth a présenté, vendredi, sa vision et celle du Conseil d’État. Ça tombe bien, c’est aussi celle de la direction et du conseil d’administration d’Hôpital neuchâtelois, et elle est validée par des experts externes et de nombreux professionnels.

Elle intègre les principes suivants: l’hôpital n’est qu’un pilier d’une stratégie de santé en réseau; l’économicité, les sous-spécialisations et l’exigence de masses critiques exigent une centralisation; la proximité reste pourtant une donnée essentielle.

Convaincu par l’interaction de ces principes, Laurent Kurth lance un programme déjà largement esquissé: pour une population neuchâteloise de 180 000 habitants, tous les soins aigus et les plateaux techniques doivent être concentrés sur le site de Pourtalès, en ville de Neuchâtel, où un agrandissement pour 65 millions de francs est nécessaire.

La centralisation aura un autre pôle, à La Chaux-de-Fonds, avec un nouvel hôpital à construire, de 214 lits, pour la réadaptation. Un investissement de 175 millions est promis. Les soins de base et de proximité, tout comme l’accès aux spécialités hospitalières seront garantis par trois policliniques à Neuchâtel, La Chaux-de-Fonds et au Val-de-Travers.

Lorsqu’il a présenté le projet au personnel de HNE, Laurent Kurth a été applaudi. Voilà dix ans que Neuchâtel attend une véritable vision de son environnement hospitalier, qui tienne compte des besoins de patients, des évolutions, de la pénurie de personnel, de la formation, de la qualité et de la sécurité des soins.

La force du message de Laurent Kurth: sa validation par un comité de pilotage, lui-même subdivisé en huit commissions, soit 55 personnes, du canton et de l’extérieur, de l’administration et des professionnels de l’hôpital.

L’idéal, pour ce comité, c’eût été de concentrer sur un même site tous les soins, aigus et de réadaptation. Difficilement réalisable, car pas intégrable à l’un des sites hospitaliers actuels. Ce comité présidé par l’expert Stefan Stefaniak lance un avertissement qui risque de peser lourd: s’il tergiverse encore, s’il s’en tient à une organisation sur deux sites redondants, Neuchâtel perdra son hôpital cantonal. «Le multisite est un cercle vicieux où l’insuffisance de masse critique et de personnel augmente les risques pour les patients, fait perdre des certifications, détériore la formation, péjore l’attractivité», dit Stefan Stepaniak. Le consultant délivre un autre message: il y a urgence à décider rapidement.

Le problème, c’est que les Montagnes neuchâteloises, à tout le moins leurs élus, refusent un tel dessein. Ils n’y voient que le démantèlement de l’hôpital de La Chaux-de-Fonds. Pour eux, un centre de traitement et de réadaptation n’est pas un hôpital, parce qu’il n’a pas de bloc opératoire ouvert 24 heures sur 24. La sécurité des patients du Haut n’est plus garantie.

Ils multiplient les initiatives pour que la troisième ville de Suisse romande avec ses 39 000 habitants conserve un hôpital généraliste digne de ce nom. S’ils s’insurgent d'être comparés à des établissements réformés en pays vaudois ou fribourgeois justement parce qu’ils estiment un autre traitement pour la 3e ville romande, ils veulent une copie du modèle de l’hôpital voisin de Saint-Imier!

Le programme que le ministre Laurent Kurth porte avec détermination et la conviction d’être le seul à même de pérenniser une organisation hospitalière de qualité dans son canton sera débattu en automne au Grand Conseil puis tranché par le peuple en février 2017, sous forme de contre-projet à l’initiative du Haut du canton qui demande de rouvrir une maternité à La Chaux-de-Fonds.

Le canton de Neuchâtel joue gros. Pour son hôpital, mais pas seulement. Il en va de la cohésion et du vivre-ensemble cantonal. La balle est dans le camp du Haut, auquel le canton promet deux gros investissements: 175 millions pour un nouvel hôpital et près de 50 autres millions pour l’hôtel judiciaire.

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