Par groupe de 10, 15 ou 20, ils arpentent d'un pas décidé les chemins traversant les pâturages boisés des Franches-Montagnes. On imagine des touristes, ce sont des patients, opérés récemment du cœur, en phase de réadaptation. De gré ou de force, ils vivent l'espace d'un mois au rythme des activités et des soins du Centre jurassien de réadaptation cardio-vasculaire (CJRC) du Noirmont, qui mise sur l'excellence de son programme pour faire référence en Suisse. Ses responsables travaillent d'arrache-pied pour que la spécialité, remboursée par les assurances maladie, soit reconnue par les cantons du nord-ouest de la Suisse. Le Jura, Neuchâtel et Fribourg ont déjà inscrit le CJRC dans la liste des établissements hospitaliers. Berne, Bâle, Soleure et Argovie proposent aussi à leurs patients le séjour de réadaptation au Noirmont.

Le CJRC a pris ses quartiers dans la majestueuse villa Roc-Montès, construite au début du siècle sur les contreforts des Sommêtres, à 1052 mètres d'altitude. Elle fut d'abord une maison de vacances tenue par des religieuses, puis une école privée et un centre de cure, tous deux mis en faillite.

Sous l'impulsion du médecin député PDC Jean-Pierre Gigon, le Jura réfléchit dès 1979 à la création d'un centre de convalescence et de réadaptation, un créneau de la médecine qui n'a pas d'antenne dans le nord-ouest de la Suisse. Une coopérative privée est constituée, associant assureurs maladie, assurances privées, banques (dont la BCJ) et pouvoirs publics (dont le canton du Jura et les communes du Noirmont, de Saignelégier, Porrentruy et Alle). La coopérative investit 15 millions pour acheter Roc-Montès et l'aménager.

Des airs de Club Med

Mis en route en 1985, le CRJC a d'emblée connu le succès. Les 63 lits sont pris d'assaut. En 1990, la clinique s'agrandit (15 autres millions sont dépensés) et propose 88 lits, dont un peu plus de 80 sont occupés en permanence. Elle emploie 80 personnes, les médecins côtoient les maîtres de sport. «Tous des professionnels, on ne bricole pas ici», relève le directeur Jean-Joseph Desboeufs. Bon an mal an, un millier de patients séjournent au Noirmont.

Même si le sourire est de rigueur sur tous les visages, la fréquentation du CRJC a un peu diminué l'an passé. «La réadaptation ambulatoire se développe depuis quelques années», constate Jean-Joseph Desboeufs. La pression exercée sur les coûts de la santé joue aussi un rôle. Mais la clinique du Noirmont possède des atouts dans sa manche. L'établissement hospitalier sait se muer en hôtel, voire en Club Med. «Il n'y a pas de blouse blanche chez nous, relève le médecin-chef Jean-Pierre Maeder. Nous essayons d'avoir une apparence aussi démédicalisée que possible.» Qu'on ne s'y trompe toutefois pas, les locataires de Roc-Montès sont tous des patients, qui ont eu de graves ennuis cardiaques ou qui ont subi des pontages coronariens.

Du plaisir dans le sport

Tous les jours, les patients sont astreints à la marche à pied, aux exercices physiques et aux soins. «Nous nous employons à démontrer que mouvement et plaisir peuvent aller de pair.» Pour Jean-Pierre Maeder, la réadaptation doit s'accompagner d'approches nouvelles de l'exercice, de l'alimentation ou du stress.

«Notre centre propose les méthodes thérapeutiques les plus affinées de Suisse et s'inspire en permanence des derniers développements, ajoute le président du conseil d'administration, l'ancien ministre Pierre Boillat. Nous y parvenons parce que nous concentrons exclusivement nos efforts sur cette forme de traitement.»

La notoriété du CRJC porte ses fruits. Vingt-cinq à 30% des patients suisses qui suivent un programme de réadaptation après un accident cardiaque le font au Noirmont. En 1998, un tiers des 998 patients provenaient du canton de Berne, 20% de Neuchâtel, 8% de Bâle-Campagne, autant de Soleure, 7% du Jura et quelques pour-cent d'Argovie, Bâle-Ville, Zurich, Fribourg et Lucerne. Plus de la moitié des patients sont germanophones. «La clinique du Noirmont est ainsi plébiscitée au niveau suisse», s'emballe le directeur Jean-Joseph Desboeufs. Elle l'est tout du moins dans le nord-ouest, où sa seule concurrence provient des thérapies ambulatoires. «Nous démontrons qu'un séjour stationnaire de réadaptation n'est pas forcément plus onéreux qu'une thérapie ambulatoire, poursuit le directeur. Il convient de prendre en compte les effets bénéfiques des activités que nous proposons, pas seulement pour le cœur, mais pour l'ensemble du comportement du patient.»