Début 2019, la votation sur la rénovation du Centre des congrès (2m2c) avait déchiré Montreux. Ce 18 août, contraste saisissant. A la fin d’une conférence de presse commune à l’intérieur du 2m2c, des membres de la municipalité, des représentants des cinq partis politiques communaux et des milieux économiques, touristiques, associatifs et culturels posent ensemble pour une photo de groupe. Unis, ils appellent la population à dire oui le 27 septembre au nouveau projet de mise à niveau de ce bâtiment accueillant le Montreux Jazz Festival. A ce jour, personne ne fait campagne pour le non.

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Une première mouture avait été refusée pour 94 voix par la population le 10 février 2019, avant que la votation ne soit annulée. A l’époque parmi les opposants aux côtés de l’UDC et des Verts, Montreux Libre soutient aujourd’hui «avec conviction» ce plan B «qui mérite la confiance de la population». Les principales modifications apportées sont aussi les principaux arguments avancés: «Un coût maîtrisé, un concept de mobilité et une salle dédiée aux sociétés locales», liste Susanne Lauber-Fürst, présidente du parti centriste. Dans le détail, l’enveloppe passe de 87 millions, dont 27 à la charge de la commune, à 78 millions, dont 21 aux frais des contribuables. En clair, une économie de 9 millions.

«Une réflexion très différente»

«Le premier projet prévoyait de tout remettre à neuf, explique Laurent Wehrli, syndic PLR. Aujourd’hui, la réflexion est très différente: nous gardons en place tout ce qui est encore valable. Ce qui ne veut pas pour autant dire que nous ne devrons pas rénover ces éléments dans cinq à dix ans. Mais cela nous permettra de le faire avec les techniques et technologies disponibles le moment venu.»

L’essentiel est sauf à ses yeux. Construit en 1972, le Centre des congrès sera sécurisé et mis aux normes énergétiques, antisismiques et incendies. Sans ces travaux, il ne pourrait plus accueillir de grands événements.

Autre élément central pour la municipalité, inchangé par rapport à février 2019: l’ajout d’entrées, notamment depuis les quais, lui permettra d’accueillir plusieurs événements simultanément. «L’activité économique du bâtiment en sera renforcée, appuie l’édile. Aujourd’hui, si vous voulez organiser quelque chose dans une salle en bas du bâtiment, il faut louer les quatre étages.»

81 millions de retombées annuelles

Ce nouveau projet est le fruit d’un compromis interpartis né des suites d’une saga politique, juridique et judiciaire. Pour mémoire, le Conseil d’Etat avait annulé le résultat du scrutin du 10 février 2019. En cause: 1397 électeurs étrangers n’avaient pas reçu leur matériel de vote dans le délai légal. Une décision confirmée par la Cour constitutionnelle du Tribunal cantonal en octobre 2019.

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L’incertitude liée à l’avenir du 2m2c fait alors souffler un vent de panique dans les mondes économique, touristique et culturel. Et pour cause: les retombées annuelles en lien avec ce «vaisseau amiral de l’économie montreusienne» représentent 81 millions pour la région. Autre exemple de son importance: le Centre des congrès est la principale source des nuitées hôtelières à Montreux. Et chaque emploi direct dans le secteur en crée quatre de manière indirecte dans l’économie régionale. «Lorsqu’on parle d’hôtellerie, de restauration, de culture et d’événementiel, nous pensons aux pertes d’emplois si ces milieux-là venaient à s’effondrer», s’inquiète Romain Pilloud, président du Parti socialiste.

Deux options s’offrent alors à la municipalité. Soumettre le même objet à la population, au risque d’un nouveau refus, ou chercher un compromis avec les partis vainqueurs du scrutin. Dans le but de convaincre une grande partie des Montreusiens, des groupes de travail participatifs et interpartis sont formés fin avril 2019. Résultat, les principales revendications des groupes politiques opposés au premier projet sont prises en compte et un nouveau préavis est largement accepté par le Conseil communal le 26 février 2020. «Nous avons su travailler ensemble afin de dégager un consensus, se réjouit Tal Luder, président de l’UDC locale. Je suis confiant en vue du 27 septembre.» Initialement prévu le 17 mai, le référendum populaire a dû être repoussé en raison du covid. L’objectif reste le même pour les autorités: un plébiscite dans les urnes.