«Faire le jeu d'un agresseur, sous prétexte de neutralité, est le contraire de la neutralité», a déclaré samedi Gerhard Pfister, président du Centre. La Suisse doit s'engager «en faveur d'une Europe libre et démocratique».

S'exprimant en ouverture de l'assemblée des délégués du Centre samedi à Näfels (GL), Gerhard Pfister a exigé «une politique de sanctions cohérente» après l'agression de la Russie contre l'Ukraine. Compte tenu de l'importance de la place financière suisse pour la Russie, «nous devons assumer davantage de responsabilités et prendre activement les devants».

Le conseiller national zougois estime que le Conseil fédéral doit procéder de manière «proactive à une politique de sanctions cohérente, globale et autonome». Cela doit se faire «dans la mesure du possible» en collaboration avec les partenaires européens et la communauté internationale «et non de manière non coordonnée comme l'a demandé la gauche».

Lire aussi: La neutralité passionne Romands et Alémaniques à des degrés divers

Il faut une «cellule de crise permanente»

Il est «surprenant» que la Suisse ait eu du mal à mettre en oeuvre les sanctions de l'UE, ce qui «témoigne d'un manque de préparation». Gerhard Pfister s'est étonné que le Seco ne dispose pas de plus de compétences «pour pouvoir dire clairement aux cantons comment ils doivent mettre en oeuvre ces sanctions».

Selon le président du Centre, «cela montre qu'en période extraordinaire, le Conseil fédéral ne se donne pas les bons instruments pour maîtriser une telle situation de crise». «Il est incompréhensible que le gouvernement ne mette pas en place une cellule de crise permanente».

«A partir de quand la neutralité est-elle indécente?», s'est demandé Gerhard Pfister. La Suisse s'est posée la question au XXe siècle, celui des guerres mondiales. «Aujourd'hui encore, nous sommes intérieurement déchirés. La Suisse cherche des réponses.»

Après la pandémie et maintenant avec la guerre en Ukraine, Gerhard Pfister demande que le Conseil fédéral prépare les mesures nécessaires pour soutenir le pouvoir d'achat de la population et atténuer les effets de la hausse des prix. «Il s'agit peut-être d'un défi plus important que celui de la pandémie.»

Réduire la dépendance énergétique

Concernant l'approvisionnement en énergie, il est «essentiel» pour le Centre qu'il puisse être assuré «de manière aussi indépendante que possible». La guerre en Ukraine «nous montre à quel point il est important de réduire notre dépendance». A long terme, «il faudra renoncer davantage aux importations de pétrole et de gaz naturel» et miser sur la production d'énergie renouvelable locale.

La politique énergétique est aussi une politique de sécurité, a déclaré Gerhard Pfister. La Suisse doit apporter sa contribution en matière de politique de sécurité. Le président du Centre exclut «clairement» une adhésion à l'OTAN, mais la coopération et la coordination sont possibles.

Il faudrait réfléchir «à la manière dont la Suisse pourrait par exemple intégrer ses avions de combat dans la stratégie de défense de l'Europe», estime Gerhard Pfister. A ce titre, il exige que le Conseil fédéral procède rapidement à l'acquisition des F-35 «confirmée par le peuple».

Lire aussi: Entreprises électriques: critiqué, le plan de sauvetage de Simonetta Sommaruga risque d’être retouché

Non à un «réarmement aveugle»

Il faut aussi veiller à ce que l'armée soit bien équipée «et en phase avec son temps». Elle doit disposer de moyens financiers supplémentaires, mais un «réarmement aveugle» n'a «pas de sens», estime le conseiller national. Demander simplement plus d'argent, «comme l'ont fait le PLR et l'UDC, ne sert à rien».

Il faut d'abord déterminer des objectifs clairs. L'augmentation du budget de l'armée doit ensuite se faire progressivement, «de sorte qu'à partir de 2030, jusqu'à 1% du PIB soit disponible chaque année pour la sécurité de la Suisse», a précisé Gerhard Pfister.