Sur le papier, les forces politiques vaudoises semblent se préparer un automne plutôt tranquille. Troisième en importance du Conseil National, la délégation cantonale (5 rad., 5 soc., 2 lib., 2 UDC, 1 vert, 1 PDC, 1 POP) s'est vu attribuer un dix-huitième siège dans cet hémicycle, et cet espace en expansion limite les risque de chacun de perdre des plumes devant les électeurs.

Parmi les dix-sept élus, seul le radical Marcel Sandoz décline à coup sûr une nouvelle candidature, alors que les socialistes Pierre Tillmanns et Jean Jacques Schwaab se disent «hésitants». Le premier aura 65 ans l'année prochaine, alors que le second «s'interroge sur ses engagements associatifs et professionnels», sans cacher que les débats bernois lui paraissent bien gourmands en temps. A l'heure actuelle, tous les autres sortants se sont dits prêts à se représenter. La plupart des partis sont loin d'avoir bouclé – voire ébauché – leurs listes, mais les possibilités de surprises paraissent là aussi restreintes.

Il faut toutefois se méfier de l'eau qui dort. Ce dix-huitième siège est l'objet de toutes les convoitises, et la lutte s'annonce intense. «On le veut!», résume le popiste Joseph Zisyadis, dont la formation a manqué de 400 voix un second mandat voici quatre ans. Premier sur la ligne de départ, le POP prévoit une liste emmenée par son inamovible secrétaire et par Marianne Huguenin. Du côté des libéraux, ce nouveau fauteuil est considéré comme l'occasion de gommer la perte subie voici quatre ans au profit de l'UDC, laquelle se verrait bien consolider son ascension. Les Verts jugent aussi le mandat à leur portée, alors que radicaux et socialistes l'empocheraient volontiers pour régler leur conflit de prééminence cantonale. Il faut ajouter au décor que l'élection sera la première à profiter du vote par correspondance généralisé et que chacun espère bénéficier du surcroît de participation que promet le système.

Surtout, il y aura le combat pour le Conseil des Etats. Il sera à la fois l'enjeu le plus en vue et le plus sensible en terme d'équilibre politique cantonal. Lundi, les libéraux ont tiré les premiers en annonçant la candidature de leur ex-conseiller d'Etat (et conseiller national) Claude Ruey. Chez les radicaux, Christiane Langenberger, auréolée de son titre tout frais de présidente du parti suisse, sera bien entendu candidate à un second mandat.

Reste à savoir ce que fera l'UDC, qui n'a jusqu'ici jamais revendiqué un siège aux Etats. «Je souhaite vivement que nous franchissions le pas», dit son président cantonal, Guy Parmelin, qui envisage pour cette candidature de combat l'un des deux actuels conseillers nationaux, André Bugnon ou Jean Fattebert. Le parti ne se déterminera pas avant février, mais, pour son président, tout lui permet de «tenter sa chance», et de chercher à faire du premier tour une vraie «primaire» en tablant sur des accords de désistement pour le second tour. Du côté des libéraux, le président du parti, Dominique Kohli, se récrie: «Ce serait l'échec du centre droit, nous n'avons pas l'habitude de fonctionner ainsi.»

Car les libéraux comptent bien reconduire le traditionnel ticket avec les radicaux, qui est leur seule chance de retrouver le siège perdu voici quatre ans pour quelques voix. Le problème, c'est que l'«Entente bourgeoise» se résume de plus en plus à un label et de moins en moins à un état d'esprit. Elle ne revivra pas sans une franche explication après l'orageuse discussion du budget, et les flèches décochées contre le conseiller d'Etat Pascal Broulis à propos du contrôle cantonal des finances et du report de l'initiative sur les impôts successoraux. «L'alliance radicale-libérale reste la plus naturelle», juge néanmoins Laurent Wehrli, président des radicaux vaudois. Caressé par Jacques Neirynck, l'espoir d'un ticket PDC-radical tient du vœu pieu. Il ressemblerait dans la conjoncture politique vaudoise au mariage de la souris et de l'éléphant.

A gauche, les popistes ont déjà annoncé que leurs deux têtes de liste du Conseil national se présenteraient aussi aux Etats. Un candidat vert est attendu, mais Daniel Brélaz avertit que ce ne sera «ni Philippe Biéler, ni moi-même». Luc Recordon est le papable le plus probable. Enfin, le socialiste Michel Béguelin se représentera malgré sa longue carrière fédérale «si je suis, dit-il, le mieux à même de garder le siège». Seule possibilité d'y arriver, les accords de désistement se négocieront plus facilement de ce côté de l'échiquier.