Coopérations politiques

Le centre droit veut mieux collaborer

Le PDC, le PBD et le Parti vert’libéral entament à nouveau des pourparlers. Pour sauver le siège d’Eveline Widmer-Schlumpf et plus si entente. Mais cela fait des années qu’ils discutent

Les directions des partis nationaux se sont réunies lundi pour analyser le résultat des élections. Celles des formations du centre droit phosphorent sur leur possible rapprochement en vue de se renforcer face à la montée de la droite UDC-PLR et, surtout, de sauver le siège d’Eveline Widmer-Schlumpf au Conseil fédéral.

Selon nos informations, la direction du PDC a chargé une délégation composée de son président Christophe Darbellay, de ses vice-présidents Dominique de Buman et Ida Glanzmann, et du chef du groupe Filippo Lombardi, de discuter avec leurs homologues du Parti vert’libéral (PVL) et du Parti bourgeois-démocratique (PBD).

Pour atteindre quel but? Difficile à dire. On parle d’une plate-forme commune portant sur les grands sujets politiques tels que l’énergie, l’Europe, les assurances sociales, les finances, l’immigration, l’armée. On évoque aussi l’idée d’un groupe parlementaire commun. Le PDC, associé au Parti évangélique, dénombre 30 conseillers nationaux. Le PVL et le PBD sept chacun. Cela fait 44 sièges, auxquels il faut ajouter les sept conseillers aux États démocrates-chrétiens déjà élus. Le PDC peut espérer obtenir six sénateurs supplémentaires et le PBD un. Avec 58 membres, ce groupe interpartis dépasserait le camp libéral-radical, qui comptera 33 conseillers nationaux et huit à quatorze sénateurs.

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Une fois 144 500 francs au lieu de trois fois 144 500 francs

Mais l’affaire n’est pas si simple. Si le PDC, le PBD et le PVL décident de ne former qu’une seule entité parlementaire au lieu de trois, ils devront se partager la contribution fédérale annuelle de 144 500 francs allouée aux groupes. S’ils constituent trois groupes séparés, ils touchent chacun 144 500 francs.

Une telle réunion peut en revanche renforcer leur représentation dans les commissions. Les calculs sont en cours. Les Services du parlement proposeront une répartition provisoire le 16 novembre. Ils attendent précisément de savoir comment les groupes vont se constituer. Une répartition définitive sera faite le 30 novembre, premier jour de la nouvelle législature, annonce leur porte-parole, Mark Stucki.

Les pourparlers porteront sur différentes formes de collaboration: groupe commun, union à l’allemande, organe de coordination réunissant les chefs de chaque parti, coopération thématique. «Tout est ouvert», s’aventure un participant aux discussions. Les présidents du PDC, Christophe Darbellay, et du PBD, Martin Landolt, n’ont cessé de répéter dimanche que cette collaboration est indispensable. «Ils sont obligés de se coordonner. C’est surtout crucial pour le PBD», acquiesce le politologue Georg Lutz, de l’Université de Lausanne.

Rien à voir avec Eveline Widmer-Schlumpf? Vraiment?

Mais ce sera compliqué. «On attend en quelque sorte du PDC, du PVL et du PBD qu’ils réalisent à trois en un mois ce que le PDC et le PBD n’ont pas réalisé à deux en deux ans», ironise un observateur. Georg Lutz partage cet avis: «Le nouveau centre apparu en 2011 n’a jamais réussi à se coordonner», relève-t-il.

En fait, cela fait huit ans que les trois partis disent qu’ils veulent mieux collaborer. Entre 2007 et 2011, le PDC et le PVL étaient associés. En 2011, le PVL s’est senti assez fort pour voler de ses propres ailes et le PDC a alors entamé des tractations avec le PBD. Qui se sont terminées en queue de poisson en 2014, lorsque le PBD, dont l’ancien président Hans Grunder souhaite aujourd’hui la création d’un groupe commun, a jeté l’éponge parce que sa base ne suivait pas!

Officiellement, les pourparlers à venir n’ont rien à voir avec la réélection d’Eveline Widmer-Schlumpf ou, si elle annonce qu’elle s’en va, son remplacement par un autre élu du centre droit, par exemple Filippo Lombardi ou Christophe Darbellay. En réalité, c’est bien cette échéance qui en dicte le calendrier.

De plus, au moment où il entre dans ces discussions, le PDC doit faire face à une nouvelle levée de vents intérieurs contraires. Lundi, l’aile conservatrice, critique envers tout projet de pacte de centre droit, s’est fait rappeler à l’ordre par le secrétariat du parti après avoir plaidé pour le remplacement d’Eveline Widmer-Schlumpf par un UDC, a révélé Blick. À cette aile appartiennent Gerhard Pfister (ZG), Jakob Büchler (SG), Fabio Regazzi (TI), Daniel Fässler (AI) ou encore Thomas Ammann (SG), qui remplace la plus sociale Lucrezia Meier-Schatz. Ce courant interne pèsera de tout son poids sur la ligne future du PDC en marge de la succession de Christophe Darbellay à la présidence, attendue l’an prochain. Un observateur relève que ce bataillon très ancré à droite «reste minoritaire». Mais il sait faire du bruit.

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